[Be Kind Rewind] DEMON WIND de Charles Philip Moore (1990)

Le Souffle du Démon

On le sait depuis quelques années maintenant, l’éditeur Le Chat qui Fume est un amoureux du cinéma de genre, qui cherche par tous les moyens à exhumer et permettre à des œuvres, des classiques reconnus autant que des films à la réputation plus anecdotique, de survivre au temps qui passe et d’enregistrer quantités de nouveaux visionnages grâce à leurs éditions vidéo en tous points remarquables. La passion du genre n’exclut pas de mettre en lumière de petites série B (Z ?), si l’on considère qu’elles ont marqué une époque, l’histoire d’un genre cinématographique, ou même une poignée de jeunes cinéphiles accros aux vidéoclubs et aux VHS. Avec Demon Wind, Le Chat qui Fume vient illustrer à merveille ce positionnement éditorial. Disons le d’emblée : le film de Charles Philip Moore n’est pas bon artistiquement parlant. Il est quasi inconnu du public français (il est sorti furtivement en France en VHS sous le titre Demon Wind – Le Souffle maudit), et pourtant, sa ressortie dans l’écrin d’un Blu-ray vient appuyer un geste fort de donner une fenêtre de vie à une œuvre qui évoque fortement son époque et une (petite) partie de l’histoire du cinéma. Pas moins que ça. Démarquage affirmé d’Evil Dead et de sa suite, sortis respectivement en 1981 et 1987, Demon Wind a tout du vilain petit canard copieur, tentant de surfer sur la vague de la série B horrifique à petit budget. Moins d’argent, moins de talent, moins d’inspiration… le film de Charles Philip Moore s’avère être une pâle resucée du concept créé par Sam Raimi.

Indéfendable… mais passionné

On y retrouve une bande de jeunes Américains partis en vadrouille à la découverte du passé de l’un d’entre eux dans la vieille ferme familiale abandonnée qui renferme un terrible secret. Un pitch usé jusqu’à la corde, qui n’inventera rien de probant par rapport à son modèle, recyclant son héros ingénu, ses démons surgissant du brouillard, son vieux grimoire maléfique et ses incantations… Avec le regard et le recul d’un spectateur des années 2020, Demon Wind a tout du film indéfendable : nébuleux et incohérent, dialogué à la va comme je te pousse, mal joué, mis en scène sans grande inspiration, monté à la serpe, doté d’effets spéciaux naviguant entre le correct et le problématique, rien ne semble être à sauver. Et pourtant, avec l’indulgence qui nous caractérise et la passion pour le cinéma de genre et son histoire, difficile de ne pas succomber un sourire en coin face à autant de générosité à l’écran. Car si les comédiens sont tous globalement mauvais et pas du tout dirigés (mention au personnage principal difficilement porté par Eric Larson, encéphalogramme plat), on ne peut fermer les yeux sur la conviction que semble afficher le réalisateur. Car le film, tout en singeant son modèle, fonce tête baissée dans l’horreur démonstrative et craspec, généreux en effets prostétiques, avec un aplomb et un premier degré qui forcent le respect. De toute évidence, Philip Moore croyait dur comme fer à son projet, et a su insuffler suffisamment d’énergie et de conviction dans son ouvrage pour le rendre au final sympathique malgré certains aspects rudimentaires. La carrière du réalisateur n’évoluera d’ailleurs pas vers beaucoup plus de paillettes, puisqu’il se rendra responsable de trois autres films (Dance with Death, Blackbelt, Angel of Death), des séries B d’action bas de plafond destinées aux vidéoclubs. Et qui font que qualitativement parlant, Demon Wind reste aujourd’hui son « chef d’œuvre ». Merci Le Chat qui fume !

Note : 1.5 sur 5.

DEMON WIND. De Charles Philip Moore (USA – 1990).
Genre : Horreur. Scénario : Charles Philip Moore. Interprétation : Eric Larson , Francine Lapensée , Rufus Norris , Jack Forcinito , Stephen Quadros… Musique : Bruce Wallenstein. Durée : 98 minutes. Disponible en Blu-Ray chez Le Chat qui Fume (15 avril 2022).

L’histoire : Californie, 1991. Après le suicide de son père, Cory, désireux d’éclaircir son passé, retourne  dans la ferme familiale où vivaient autrefois ses grands-parents, mystérieusement disparus soixante ans plus tôt. Dans cette expédition, le jeune homme s’entoure de sa copine Elaine et de quelques amis. Une fois sur place, Cory et ses camarades sont bientôt assaillis par une horde de démons.


L’édition Blu-ray du Chat qui Fume

TECHNIQUE. Débarqué au sein d’une collection lancée par Le Chat qui Fume regroupant des films des années 80/90 inédits en DVD, Demon Wind a fier allure. La copie tirée de la version éditée par Vinegar Syndrome aux Etats-Unis fait largement oublier les vieilles VHS d’antan et permet de s’imprégner du film dans les meilleures conditions. La patine d’époque est bel et bien présente avec une image granuleuse à souhait, quelques imperfections de temps à autres, absolument pas dérangeantes et qui, au contraire, apportent un charme désuet très nineties à l’œuvre. Du coup, rien à redire sur les contrastes, la luminosité et la définition générale de l’image.
Même constat côté son, avec deux pistes en DTS-HD Master Audio 2.0 pour la VO et la VF. Si cette dernière s’avère un peu plus faiblarde en termes d’intensité, la version anglaise est extrêmement dynamique, poussant même certains dialogues à la limite de la saturation.

Note : 3.5 sur 5.

INTERACTIVITE. L’éditeur reprend les bonus produits chez Vinegar Syndrome. On a ainsi trois points de vues différents sur le film par trois acteurs du projet. Tout d’abord le producteur Sandy Horowitz (26′) qui évoque le film tout en s’égarant dans de nombreuses explications parfois sans grand rapport. Deuxième intervenant, la comédienne Sherry Leigh (16′), qui évoque avec beaucoup de légèreté et d’humour les conditions de tournage, avec quelques anecdotes croustillantes. Enfin, le module le plus intéressant concerne Thomas Callaway (19′), le directeur de la photographie du film, qui partage les anecdotes les plus marquantes, les combines et autres soucis rencontrés sur le tournage de ce budget très serré. A cela s’ajoute la bande-annonce du film.

Note : 3.5 sur 5.

Par Nicolas Mouchel

Créateur et rédacteur sur Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

2 Comments on [Be Kind Rewind] DEMON WIND de Charles Philip Moore (1990)

  1. Ah… pour moi c’est un NON !
    Justement je ne sens aucune véritable passion dans ce machin… Juste un vague opportunisme qui pète toujours un poil au dessus de son QI. Et de ses moyens…
    Je m’y suis copieusement emmerdé et pas du tout amusé.

    Aimé par 1 personne

    • Hé hé ! C’est vrai que le film n’est pas bon, mais je persiste à y trouver une volonté indéfectible du réal de mener à bien son projet. Opportuniste sans aucun doute, mais à la patine 90 incontestable, même dans ses travers. J’y trouve un petit charme. Mais je n’irais pas jusqu’à le conseiller non plus, faut pas déconner 😉

      J’aime

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  1. [Be Kind Rewind] MUTRONICS de Screaming Mad George et Steve Wang (1991) – Obsession B

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