[Interview] PIFFF 2022 : « Le festival tient à une seule chose : les bénévoles qui le font »

L'homme au cœur du réacteur PIFFF

Il est le cœur, l’âme et les tripes du Paris International Fantastic Film Festival. C’est, avec Fausto Fasulo, rédacteur en chef de Mad Movies, le fondateur de ce festival parisien indépendant qui a su perdurer dans le temps, malgré les nombreuses embuches conjoncturelles, proposant une programmation de films de genre alternative, qui a su trouver son public, un socle de fans inconditionnels. A l’issue de la 11e édition du festival, Cyril Despontin se confie sur les joies et difficultés liées à l’organisation d’un tel événement…

Cyril, quel bilan dresses-tu de cette 11e édition du paris International Fantastic Film Festival ?

Cette année, on retrouve enfin nos chiffres, notre ambiance, notre fréquentation habituels, peut-être un peu en-dessous des meilleures années, mais ça reste quand même une bonne édition. Après avoir passé plusieurs années un peu compliquées, en 2018, avec les Gilets jaunes, en 2019 la grève des transports, 2021 où il y avait le pass sanitaire, c’était une période où on n’avait pas beaucoup de monde, pas autant que ce qu’on avait d’habitude. Là ça revient, avec des salles bien remplies, des gens contents d’être là.

Et concernant la sélection de cette année ?

Ca dépend de ce qu’il y a à un moment donné, je sais que c’était un peu plus faible l’année dernière, les gens me l’ont dit et j’en suis conscient, on a fait avec ce qu’on avait. Cette année, on a pu s’y prendre un peu plus tôt, on a pu faire une sélection comme on en fait d’habitude. Ca ressemble plus à une édition normale, comme on en faisait avant, du temps de l’ancien monde (Rires).

Organiser un festival de cinéma indépendant comme celui-ci, chaque année, c’est faire face à son lot de difficultés, et surtout dans le contexte actuel, ça doit être un sacré défi…

Le festival tient à une seule chose : les bénévoles qui le font. On me voit sur scène, mais on est une vingtaine de personnes à bosser dessus. Chacun a un rôle très important, avec un savoir-faire, des connaissances. Si deux ou trois personnes s’arrêtaient, ça pourrait foutre en l’air le festival. Ce sont des bénévoles qui font ça pour le plaisir. On n’a pas fait le festival durant une année pendant le Covid, et à titre personnel, je me suis dit : ça fait du bien de couper un peu. Mais on est content quand le festival se termine, on se dit qu’on est content de l’avoir fait. Quand on voit la bande-annonce du festival, puis le catalogue, les dépliants, ça devient très concret, mais à chaque fois, c’est le stress qu’il se passe quelque chose d’imprévu, durant une séance, un problème technique, ou que les gens fassent un rejet des films… Ou qu’il y ait un problème avec des invités. On n’est pas très riche, donc le moindre grain de sable peut être compliqué à gérer.

La force du PIFFF : l’expertise de ses programmateurs (ici Xavier Colon), qui vont dénicher des pépites dans les cinématographies du monde entier.

A quel moment commencez-vous à travailler sur une édition ? La 11e venant de s’achever, est-ce que vous avez déjà commencé à bosser sur la suivante ?

On me pose souvent cette question. En juin, je commence à contacter les gens qui font la sélection, on commence à demander les films, à les regarder. Il y en a beaucoup à voir, plus on s’y prend tôt, mieux c’est. Tous les films du début de l’année, on les a vu, comme ça en juin et septembre, on regarde les suivants. Les demandes de subvention se font plus en amont, car il y a des deadlines à tenir, là par exemple, on a déjà demandé pour l’année prochaine. Après, il y a la com’, il faut annoncer les dates, faire l’affiche… Le gros du boulot, c’est juin. On est cinq à regarder les films, je décide au final ce qui va passer dans le festival ou pas, mais je me base sur les goûts des autres, car il y a énormément de films à regarder. Au début, avec Fausto, on regardait tout à deux, mais il y avait 300 films, et ce n’était plus un plaisir, maintenant on répartit la charge, c’est mieux. C’est bien d’avoir un autre regard extérieur, en cas de doute, ça permet d’avoir une confirmation, ou pas. Ca m’est déjà arrivé de m’emballer pour un film, que je n’ai pas passé au PIFFF car on m’avait dit que ce n’était pas bien. Frustré de ne pas l’avoir passé, je l’avais pris pour mon autre festival à Lyon (NDLR. Les Hallucinations collectives) et pendant la séance, je me suis rendu compte que c’était pourri (Rires). C’est important d’avoir les avis de tout le monde. Par exemple, je n’était pas spécialement fan de Demigod (NDLR. Présenté en compétition cette année), je trouvais le film beau, mais j’étais vite perdu dans les dialogues, tout ce que ça racontait… Et quelqu’un de l’équipe, François Cau pour ne pas le citer, à vu le film à Neuchâtel en salles, et il m’a dit : « en salle, c’est quand même quelque chose, c’est vraiment du grand spectacle ! » Du coup, je lui ai fais confiance, en plus, c’est rare d’avoir des films de Taïwan. Alors je n’ai pas adoré le film, j’ai trouvé ça bien mais je n’est pas pété un câble dessus, mais j’étais content qu’on puisse le diffuser.

Tu écumes les festivals européens ? Y a-t-il des liens entre les différentes festivals ?

J’en fais un seul : Sitges. Effectivement, il y a des connexions entre les festival francophones, avec le BIFFF (Festival international du film fantastique de Bruxelles) et le NIFFF (Festival international du film fantastique de Neuchâtel), on s’échange les sous-titres par exemple. On se connaît tous, on est des passionnés, on aime la même chose. Même si certains festivals ont les moyens de payer les gens, ça reste des personnes qui font ça par passion, il y a un côté mercenaire dans cette organisation qui fait qu’on se connaît un peu tous. Il n’y a aucune animosité entre les différentes festivals. Typiquement, avec L’Etrange festival, j’attend de voir leur programmation pour bloquer des films, car ce serait dommage de présenter des films qu’ils ont déjà passé.

Tu as dis que les prix augmentaient de manière drastique cette année pour obtenir les films. Est-ce que c’est un phénomène récent ? Et à quel point est-ce que ça handicape le festival ?

Je n’avais pas vu ça avant. Je réussissais toujours à négocier les prix auparavant, et aujourd’hui, on paye les films parfois deux fois plus chers qu’auparavant. Sauf que nous, en termes d’entrées, et bien il n’y a pas deux fois plus de spectateurs et donc d’argent. Les entrées des spectateurs, ainsi que la boutique du PIFFF sont très importantes pour nous. Notre plus grosse dépense, ce sont les droits des films. En deuxième, vient le budget pour les invités : hôtel, train, etc. Du coup, ça devient tendu. Cette année, ça valait le coup d’avoir mis plus d’argent pour les films, car on a une belle fréquentation. Mais si tout le monde commence à augmenter les prix comme ça, ça risque d’être compliqué.

Les entrées des spectateurs, ainsi que les ventes à la boutique du festival, deux éléments importants pour l’équilibre financier du festival.

Pourquoi avoir choisi de positionner le PIFFF à la fin d’année ?

Initialement, quand on a créé le festival avec Mad Movies, je leur ai dit que j’avais mon autre festival, Les Hallucinations collectives, le week-end de Pâques, fin mars, début avril, et il ne fallait pas que le PIFFF soit à moins de six mois de différence. Ce qui fait octobre-novembre. Aujourd’hui que nous sommes au Max Linder, qui n’est qu’un cinéma mono-écran, ça posait problème car ils ne pouvaient pas basculer leurs gros films dans une autre salle. Donc, le blockbuster de fin d’année, par exemple cette année Avatar : La voie de l’eau, on se cale la semaine juste avant. C’est le deal. Ce qui fait qu’on peut varier d’une semaine d’une année sur l’autre.

Vous étiez au Gaumont Opéra Capucines au début du festival, puis vous êtes passé au Grand Rex pour une année et vous voilà aujourd’hui au Max Linder Panorama. Pourquoi cette valse des salles ? Est-ce un choix contraint ?

Au Gaumont Opéra Capucines, la direction a changé et on sentait que la nouvelle n’en avait pas grand chose à faire… On a commencé à bosser sur la Nuit Nanarland au Grand Rex, j’ai rencontré Alex Hellmann (NDLR. Directeur du Grand Rex) à cette occasion et lui était prêt à nous accueillir. Et moi, le Grand Rex, ça me faisait rêver. Au Grand Rex, c’est très bien quand tu es dans la grande salle, mais c’était moins pratique pour nous d’être dans la petite salle, le cinéma est fait de telle façon que ce n’était pas adapté comme on l’entendait pour accueillir les spectateurs. On a fait une édition, c’était soit trop grand pour nous, soit pas comme on aimait pour la petite salle. Entre temps, j’ai rencontré les dirigeants du Max Linder, c’est là qu’on a pu faire ça ici. Ici c’est parfait. Le seul défaut, il n’est pas pour les spectateurs mais pour nous, c’est à dire qu’on n’a pas de salle où nos bénévoles peuvent attendre entre deux séances, on est obligé de traîner dans le hall. Mais on s’en accommode, on fait avec.

Depuis 2016, le PIFFF s’est installé au Max Linder Panorama.

En termes de développement du festival, potentiellement, est-ce que vous envisagez de faire évoluer les choses, de grossir un peu plus, de faire des reprises de films du festival, avez-vous des pistes d’évolution ?

Concernant la reprise des films, on commence à en faire depuis deux ou trois ans. Mais je pars du principe que je veux que les films ne passent qu’une fois, qu’on n’ait pas à choisir entre deux films. Ca demande plus de boulot, humain notamment, et on n’a pas forcément la possibilité de le faire. J’ai peur que ça dilue aussi le nombre de spectateurs. C’est bien d’avoir un gros bloc de gens qui regardent le film en même temps, plutôt que d’avoir des salles à demi-remplies. Je préfère avoir tout le monde en même temps, pour l’ambiance. Non, le gros point sur lequel on doit travailler, c’est essayer d’obtenir en plus d’autres sponsors privés que ceux que l’on a actuellement pour avoir plus de soutien financier et commencer peut-être à pouvoir payer certaines personnes qui font ça à côté de leur boulot.

Aujourd’hui, en termes d’organisation, vous êtes sur une formule qui marche et qui vous convient ?

C’est une formule à la taille de ce qu’on sait faire, de ce qu’on peut faire et de ce qu’on veut faire. On ne veut pas passer 80 ou 100 films comme dans certains festivals. On préfère faire moins et mieux, que la vingtaine de films qu’on passe soient des films qu’on a vraiment aimé, et pas pour boucher une grille de programmation. Je suis plus sélectif que certains autres festivals qui ont plus de place et qui prennent des films plus mineurs, ce qui compte, c’est un volume. Ce n’est pas un reproche, leur but est de présenter un panorama, nous, on présente ce qu’on aime.

On arrive en fin d’année, et on n’échappe pas aux Tops. Quels seraient tes claquages de beignets de 2022 ?

J’ai vu tellement de films cette année. Mais le principal c’est RRR de S.S. Rajamouli, c’était génial. Après, j’ai découvert des trucs déments en festival. Mais je préfère ne pas en parler car je n’ai pas envie qu’on me les pique, je préfère les programmer (Rires).

Par Nicolas Mouchel

Créateur d'Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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