Dans la grande famille des morts-vivants, il n’y a pas que les précurseurs nés de l’esprit contestataire de Georges A. Romero, les bouffeurs de cerveau rigolards de Dan’O Bannon ou encore les infectés hystériques de Danny Boyle. Du côté de l’Espagne franquiste, on trouve également les templiers maudits auxquels Amando de Ossorio a consacré une tétralogie dans les années 70. Débutée en 1971 avec La Révolte des morts-vivants, la saga s’est enrichie ensuite de trois autres films, un par an, exhumés en édition HD par Le Chat qui Fume. Une série de films un peu fauchés, marqués par le système D et surtout par la volonté inoxydable de son créateur.
LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS (1973)
Le Retour des morts-vivants, sorti en 1973, constitue donc le deuxième opus de cette saga des templiers morts-vivants. L’intrigue se déroule dans la petite ville portugaise de Bouzano (en fait, le tournage a eu lieu près de Madrid), où les habitants préparent une grande fête commémorative. Mais l’événement réveille accidentellement les redoutables templiers morts-vivants exécutés cinq siècles plus tôt pour hérésie. Et ils sont là pour se venger…
Avec très peu de moyens, Amando de Ossorio réalise tout de même quelques prouesses dans ce deuxième chapitre. Tourné dans un format 1.37:1, le film s’avère généreux et plus graphique que ce que son format télévisuel étriqué pourrait laisser penser. Ayant visiblement une foi incontestable en ses créatures, le réalisateur et scénariste espagnol fait longuement monter la tension pour préparer à l’irruption de ses morts-vivants. Ces squelettes sortis du tombeau, encapuchonnés et totalement décrépis, sont les véritables stars du film, et choyés comme il se doit. Avançant les bras décharnés en avant, ils représentent une mort inéluctable qui vient s’abattre sur les personnages. A une période où le franquisme touche à sa fin, ce n’est pas anodin… Comme une malédiction qui viendrait se rappeler à leur bon souvenir. Les personnages servent essentiellement à faire avancer le récit et de chair à supplicier pour les créatures spectrales. Tous plus inconsistants et lâches, les protagonistes sont dépeints comme insignifiants ou carrément abjects. Le tout porté par un casting composé d’acteurs confirmés, parmi lesquels Tony Kendall (Le Corps et le fouet), Fernando Sancho (Un Pistolet pour Ringo), Esperanza Roy (A Candle for the Devil) et Frank Brana (Le Sadique à la tronçonneuse).

Le Retour des morts-vivants se mue dans sa seconde partie en un film de siège où une poignée d’individus tentent d’échapper aux spectres templiers en se barricadant à l’intérieur d’une église. On y retrouve les archétypes du genre, y compris le personnage félon prêt à sacrifier une enfant pour s’en sortir. Le film est, par ailleurs, généreux en effets gores : énucléations, découpage d’un sein, cœur arraché… La nudité n’est pas en reste. Jusqu’à une scène finale qui tire un peu plus sur le levier poétique, proposant un épilogue apaisé (?), au petit matin, alors que la malédiction semble se lever. Avec Le Retour des morts-vivants, Amando de Ossorio ne propose pas un grand film, mais un morceau de cinéma bis modeste suffisamment investit et incarné par ses incroyables créatures spectrales, pour marquer le genre d’un pierre blanche.
LE MONDE DES MORTS-VIVANTS (1974)
Troisième épisode de la saga des Templiers créée par Amando de Osorio (et deuxième film proposé par Le Chat qui Fume), Le Monde des morts-vivants change du tout au tout, ou presque. On quitte l’environnement du petit village traditionnel portugais du précédent épisode pour se retrouver dans un univers moderne diamétralement différent. Le film s’ouvre sur un shooting photo, donc changement d’ambiance totale. Nouveau lieu, nouveaux personnages, puisqu’on y suit deux modèles qui se retrouvent lâchées en pleine mer pour le bien d’une campagne publicitaire un peu abracadabrantesque, mais passons… Les jeunes femmes esseulées et juste vêtues de maillots de bain, trouvent refuge sur un mystérieux galion fantôme apparu dans la brume. Elles vont bientôt faire connaissance avec les templiers morts-vivants. Un groupe de secours, parti à leur recherche, monte à son tour sur le navire et doit affronter les attaques des créatures…

Ce troisième épisode conserve les caractéristiques de son prédécesseur, à savoir un rythme assez lent, de longues séquences dialoguées dans sa première moitié pour poser les personnages et les enjeux. Car il faut réussir à faire avaler au spectateur que ces donzelles à moitié nues se réfugient en plein milieu de l’océan sur un navire fantôme… Et de fait, la suspension d’incrédulité turbine à plein régime pour faire accepter les errances d’un scénario, encore une fois signé Amando de Osorio, qui cherche vaille que vaille à concrétiser son concept de départ. Une idée, il est vrai, assez stimulante avec son galion surgit de la brume et dévoilant une dimension parallèle. La poignée de décors proposés (jolie maquette du navire, ultra visible mais au charme certain) et la lumière sont très soignés, alors que les templiers toujours aussi impressionnants à chacune de leur apparition. Le réalisateur prend un soin certain à filmer les scènes où ils s’extraient de leurs tombeaux et attaquent leurs proies. Telle une mort lente et inexorable qui s’abat sur les protagonistes, au son de chœurs gutturaux assez flippants. En dilatant le temps, et en étirant les scènes plus que de raisonnable, Amando de Ossorio parvient à créer un climat aussi mortifère que quasi onirique. Dans Le Monde des morts-vivants, l’atmosphère reste morbide à souhait, ce qui constitue la véritable réussite de ce troisième volet qui, par ailleurs, se traine en longueur et se trouve affublé de personnages inconsistants en diable, et à la qualité d’interprétation très aléatoire. Et un final, classique mais toujours efficace, où l’issue favorable s’avère illusoire. A l’image du précédent épisode, qui était tout de même un cran au-dessus, les idées sont là, la direction artistique et l’atmosphère fonctionnent à plein régime, mais le film affiche quand même certaines limites qui peuvent rebuter…
LA CHEVAUCHEE DES MORTS-VIVANTS (1975)
La série revient un an après, ragaillardie, dans un quatrième opus bien plus convaincant que les escapades nautiques du précédent. La Chevauchée des morts-vivants renoue avec la simplicité et l’efficacité en resserrant son récit dans un petit village côtier, replié sur lui-même, avec des allures de cité lovecraftienne. Un nouveau médecin s’y implante avec sa compagne pour exercer. Rapidement, le couple s’apperçoit que ça ne tourne pas rond, l’attitude glaciale des autochtones les incitent à demeurer prudents, d’autant que d’étranges processions ont lieu le soir et que des jeunes filles disparaissent. Sur ce canevas classique ô possible, l’intervention des templiers morts-vivants passe beaucoup mieux, même si l’association avec un univers proche de Lovecraft est un peu forcé, la croyance de la population locale passant par des sacrifices de jeunes jouvencelles durant plusieurs nuits consécutives.

Amando de Ossorio n’a pas son pareil pour faire naître une ambiance poisseuse et menaçante, comme depuis le début de la saga. Avec l’idée qu’un microcosme est assailli par des forces maléfiques et doit lutter en vase clos pour s’en sortir. En cela, ce quatrième volet se rapproche du deuxième, tout en se délestant de personnages secondaires un peu lourdingues. En dégraissant au maximum, le réalisateur livre peut-être le meilleur opus de la saga. Les apparitions des morts-vivants sont toujours aussi efficaces, avec ces longues cavalcades à cheval au ralenti sur la plage, tandis que les scènes en semi-nocturne (de la nuit américaine à gogo un peu incohérente par instants, mais qu’importe…) plantent une atmosphère mortifère qui rapproche le film des productions Hammer de la belle époque (l’aspect gothique du prologue est un aveu en soi), en plus d’évoquer par bien des biais l’héritage de Lovecraft (notamment la malédiction liée au culte d’une divinité maudite). Surtout qu’on y retrouve le léger érotisme des premiers épisodes, sans tomber non plus dans le graveleux, et quelques saillies gores bienvenues. Au sein du casting, on note la présence de Maria Kosty (Vengeance of the Zombies, The Night of the Sorcerers) et Julia Saly (Inquisition, The Night of the Werewolf). Malgré des faiblesses toujours bien présentes (scénario d’une platitude extrême, interprétation médiocre, montage brutal), La Chevauchée des morts-vivants est un ultime sursaut pour les squelettes templiers qui fait honneur à une saga inégale, mais solide sur ses appuis dans son honnêteté et sa générosité.

LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS (El ataque de los muertos sin ojos). D’Amando de Ossorio (Espagne – 1973).
Genre : horreur. Scénarios : Amando de Ossorio. Photographie : Miguel Fernández Mila. Interprétation : Tony Kendall, Fernando Sancho, Esperanza Roy, Frank Braña… Musique : Antón García Abril. Durée : 91 minutes.
Distribué par Le Chat qui Fume (1er mars 2026)

LE MONDE DES MORTS VIVANTS (El buque maldito). D’Amando de Ossorio (Espagne – 1974).
Genre : horreur. Scénarios : Amando de Ossorio. Photographie : Raúl Artigot. Interprétation : Maria Perschy, Jack Taylor, Bárbara Rey… Musique : Antón García Abril. Durée : 90 minutes.
Distribué par Le Chat qui Fume (1er mars 2026)

LA CHEVAUCHEE DES MORTS-VIVANTS (La noche de las gaviotas). D’Amando de Ossorio (Espagne – 1975).
Genre : horreur. Scénarios : Amando de Ossorio. Photographie : Francisco Sánchez. Interprétation : Victor Petit, María Kosty, Sandra Mozarowsky… Musique : Antón García Abril. Durée : 88 minutes.
Distribué par Le Chat qui Fume (1er août 2024)
Les éditions Blu-ray du Chat qui Fume
Le Chat qui Fume a la bonne idée (et l’opportunité) d’éditer trois des quatre volets de la saga. Seul manque à l’appel le premier opus : La Révolte des morts-vivants. Le quatrième et dernier, La Chevauchée des morts-vivants, était déjà paru en 2024. L’éditeur complète donc avec les chapitres deux et trois. Il soigne par ailleurs son produit et apporte une cohérence à l’ensemble avec des visuels sublimes signés Grégory Lê, qui reprennent le même templier en élément central, adapté aux différents films.
Autre point fort, la présence dans Le Retour… et Le Monde… d’un disque 4K Ultra HD, en plus du blu-ray traditionnel. Inutile de dire que l’on découvre les deux films dans des conditions visuelles extraordinaires. Dommage que ce ne soit pas le cas de La Chevauchée… Mais ne faisons pas la fine bouche. De fait, ce-dernier est l’opus qui présente l’image la plus « dans son jus ». Détails, luminosité, contrastes sont moins éclatants. A contrario, Le Retour… et Le Monde… présentent des masters nettoyés de leurs défauts, avec des couleurs pétantes, un niveau de détails et une netteté inattendus, qui mettent en valeur l’ambiance visuelle des films, tout en respectant la patine argentique des années 70.
Côté son, chaque film est proposé avec ses versions espagnole et française en DTS-HD Master Audio 2.0 (et une piste anglaise supplémentaire pour La Chevauchée…). Pas de miracle ni d’esbrouffe, les dialogues sont nets, la musique bien présente. Rien de transcendant ni de révolutionnaire, mais c’est dynamique et carré.
Chacun des trois films est agrémenté de bonus. En plus des bandes-annonces, Le Retour… dispose de deux modules « Souvenirs d’Amando de Ossorio » avec l’actrice Loreta Tovar (10′) et « Le Retour des morts-vivants » avec Ángel Sala (30′). Le Monde… se voit enrichit de « Les Templiers errants » avec Víctor Matellano (26′) et « Les vestiges des templiers » avec Antonio Garcinuno, artiste FX et historien du cinéma (17′). Enfin, La Chevauchée… est accompagné de « Une Nuit d’enfer » avec l’actrice María Kosty (18′) et « Les Templiers » par l’historien du cinéma Carlos Aguilar.

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