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[Interview] LE CHAT QUI FUME : « Nous voulons présenter aux gens de petites perles rares… »

Le Chat qui fume

Le Chat qui fumeDepuis dix ans, Le Chat qui fume est un acteur indépendant incontournable du monde de l’édition vidéo hexagonale. Spécialisé dans le cinéma de genre (au même titre qu’un Artus Films), le chaton s’est fait une habitude de déterrer des œuvres bis souvent considérées comme incontournables, ou constituant parfois de véritables curiosités pour les aficionados. Le matou fumant est un défricheur de films rares ou oubliés, qu’il s’agisse de bis transalpins des années 70, de bandes érotiques, d’oeuvres appartenant à la mouvance de la « blacksploitation » ou des recoins les plus sombres du « B » américain des années 80… Le Venin de la peur de Lucio Fulci, Carnival of Souls d’Herk Harvey, Dynamite Jackson de Cirio H. Santiago ou encore L’Antéchrist d’Alberto De Martino sont quelques uns des plus fameux titres édités par la société. Détail d’importance, Le Chat qui fume met un point d’honneur à proposer des copies exemplaires, et dotées d’une interactivité généralement aussi riche que pertinente. Nous avons voulu en savoir plus sur le fonctionnement de cet éditeur inspiré et passionné, modeste par sa taille, mais qui réalise un travail ô combien précieux aux yeux des cinéphiles de tous poils. Entretien avec Stéphane Bouyer, membre fondateur du félin crapoteur…


Depuis combien de temps la société « Le Chat qui fume » existe-t-elle ?

Le chat qui fume a fêté ses 10 ans en septembre 2015. Donc ça fait 11 ans cette année.

Qu’est ce qui vous a conduit à la créer ?

En fait, nous nous sommes rencontrés sur le forum DevilDead et à force de se fréquenter pour prendre des verres, nous nous sommes dit que ce serait une bonne idée de créer une société d’édition vidéo pour sortir les films que l’on aimait. On n’y connaissait rien en vente, rien en création de DVD mais c’était amusant. Bon, depuis, nous avons déchanté vu la difficulté parfois de sortir des films. Donc c’est juste qu’on s’emmerdait et qu’on cherchait quelque chose de fun à faire dans la vie pour nous occuper et partager notre passion.

De combien de personnes est constituée Le Chat qui fume ?

Le chat qui fume était composé de deux personnes à ses débuts. Heathcliff le Tourneur Hugon et Stéphane Bouyer. Personne n’était payé. C’était impossible. Nous gagnions à peine de quoi acheter d’autres titres. Nous recevions très peu d’aides du CNC (ndlr. Centre National de la Cinématographie), pas suffisamment pour nous payer. Au bout de 6 ans, nous avons fait une pause car nous étions fatigués de travailler pour rien. Car une société d’édition demande beaucoup d’effort. Nous faisions tout. De la création à la distribution. L’envoi des titres à nos acheteurs, les bonus, les authoring etc etc… 7 ans sans prendre véritablement de vacances et de salaires. Ca fatigue. Puis, après 2 ans de pause, nous avons décidé de repartir à nouveau. Heathcliff le Tourneur Hugon a décidé de quitter la structure, même s’il nous aide parfois. Lors du Bloody WeekEnd, nous avons rencontré Philippe Blanc, un passionné comme nous qui a décidé de nous aider et qui depuis à rejoint la structure. Donc nous sommes toujours deux et peut-être que l’un d’entre nous aura un salaire bientôt. Nous ne savons pas encore…

L'incroyable édition du VENIN DE LA PEUR de Lucio Fulci, avec le blu-ray, le DVD et un CD de la bande originale composée par Ennio Morricone.

L’incroyable édition du VENIN DE LA PEUR de Lucio Fulci, avec le blu-ray, le DVD et un CD de la bande originale composée par Ennio Morricone.

Quels sont les critères de sélection qui président au choix des titres que vous allez éditer ?

Déjà il faut aimer le film. Sortir un film que l’on déteste c’est quand même pas très fun. Il faut savoir le défendre, savoir en parler. Et savoir aussi s’il va se vendre. Nous sortons parfois des titres plus difficiles où nous savons que le succès ne sera sûrement pas au rendez-vous, mais il faut aussi chercher des films qui marchent pour combler les dettes. Savoir aussi s’il y aura des bonus et lesquels. S’il existe de bonnes copies sur le marché. C’est un ensemble de choses sur lesquelles nous travaillons longtemps. Nous en discutons de longues semaines. Mais d’abord, nous aimons sortir les films que nous apprécions car nous voulons présenter aux gens de petites perles rares et intéressantes à nos yeux.

Comment se passe l’acquisition des droits ?

Soit nous contactons le réalisateur ou le producteur pour savoir s’ils ont les droits de leurs films, soit nous recevons des catalogues de sociétés étrangères. Pendant longtemps nous avons contacté les réalisateurs directement, mais maintenant, c’est de moins en moins facile. Alors nous prenons sur catalogue. Vous avez 200 films devant vous et vous choisissez.

Est-il compliqué de d’obtenir certaines copies (notamment les VHS) ?

Pour les VHS, il y a Price Minister ou les réseaux d’amis et de collectionneurs. C’est assez simple. Quand nous prenons les droits d’un film, nous vérifions s’il existe des posters, photos d’exploitation, lobby cards, VHS, laserdisc etc … nous achetons le maximum de choses. Nous nous renseignons beaucoup sur les versions, les autres Blu-Ray existants. Par exemple, c’est grâce à une vidéo sur YouTube que nous nous sommes aperçus que les DVD et Blu-Ray du film La nuit des Diables comportait un bug. Un dialogue sautait. Nous avons bien sûr rectifié ça sur notre version. C’est un vrai travail de fourmis parfois.

Comment établissez-vous le contenu éditorial des disques selon les films (suppléments, interviews, intervenants, bande originale…) ?

Pour les intervenants, nous avons nos contacts, nous essayons de changer le plus possible. Nous les connaissons et nous savons quels films pourraient leur plaire. Mais parfois, nous avons des surprises. Nous pensions que Christophe Gans allait choisir La nuit des Diables, alors qu’il a préféré L’Antechrist. Nous avons donc une partie analytique avec les intervenants français et pour les interviews, nous travaillons avec Freak-O-Rama video productions, une société italienne dirigée par Federico Caddeo. Pour la petite anecdote, nous avons connu Federico il y a 12 ans lors d’un bonus sur Franca Stoppi que nous avions produits pour Neo Publishing. Depuis, il a réalisé beaucoup de bonus pour cette société et quand nous sommes revenus, nous avons fait appel à lui. Nous lui faisons totalement confiance. Il a carte blanche pour faire ce qu’il veut tant que ça rentre dans nos chiffres. Et ça lui plait de bosser pour un éditeur qui fait du bon travail. C’est le meilleur sur le marché en ce moment.
Donc c’est un mix entre ses interviews et les nôtres suivant les titres bien sûr. Pour les musiques, ça dépend. Nous avons cherché longtemps les droits de celles de La nuit des Dibales et d’Exorcisme tragique pour nous apercevoir qu’ils étaient chez Beat Records, avec qui nous avons travaillé pour Le Venin de la peur. Mais il était trop tard pour les mettre dans nos éditions. Dommage, car les musiques de ces deux films sont magnifiques. Mais nous allons mettre celle de Terreur sur la Lagune et peut être de deux autres films cette année. On ne peut en dire plus. Notre choix se base sur la rentabilité de mettre un CD, car cela à un coût. Et si la musique est bonne et rare…

Est-ce difficile pour une petite structure comme la vôtre de convaincre acteurs, réalisateurs… de participer aux bonus d’une édition ?

Non. Nos éditions concernent des films des années 70 et les réalisateurs sont ravis de participer à des bonus. Surtout si l’édition est jolie au final. Parfois, nous ramons comme avec Ely Galleani (Le Venin de la peur). Nous étions en contact mais elle hésitait, puis elle ne voulait parler que d’art. Enfin, c’était compliqué et nous avons préféré oublier ce bonus. C’est un peu plus compliqué avec les actrices car elles ont vieilli et elles ont peur de montrer une image moins glamour d’elles. Mais nous les rassurons. Florinda Bolkan ne voulait pas participer à l’édition du Venin de la peur mais elle sera sur celle de La longue nuit de l’exorcisme. Elle a changé d’avis. Et parfois nous retrouvons des actrices comme Anita Strindberg ou Ida Galli et là, nous sommes les plus heureux du monde. Des actrices qui avaient totalement disparu de la circulation et qui acceptent de participer à nos bonus… c’est le rêve.

Combien de temps faut-il en moyenne pour concevoir une édition complète jusqu’à sa mise en vente ?

Quasiment 6 mois. C’est très long surtout avec les Blu-Ray, car il faut vérifier deux fois le film, c’est deux menus différents, deux encodages différents etc etc… et comme en plus, nous faisons beaucoup de bonus, cela prend du temps de faire les sous-titres par exemple. Il faut les traduire et faire le timecodage. Ça prend du temps.

Combien de films avez-vous sorti en vidéo ?

53 en tout. Ce n’est pas énorme non plus, mais c’est déjà pas mal.

Pack "Exploitation".

Pack « Exploitation ».

Y a-t-il des films que vous rêveriez d’éditer ?

Il y a plein de films que nous aimerions éditer. Certains sont impossibles car les masters ont été réalisés par des sociétés comme Arrow. Pour une petite structure comme la nôtre, c’est compliqué de faire des télécinémas de films. Ça coûte beaucoup trop cher. Nous dépendons des masters déjà existants. Dans les films que nous aimerions éditer, pour le cinéma italien, il y aurait Opéra de Dario Argento, bien sûr, mais les droits coûtent chers, Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clef mais le master est chez Arrow. Sinon en Espagne, la saga des Templiers d’Ossorio, mais ça coûte cher aussi. Aux USA, des films comme Le retour des morts-vivants nous plairaient. Il y a un paquet de films que nous aimerions sortir en fait. Trop pour nous malheureusement.

Quel regard portez-vous sur l’édition vidéo aujourd’hui (autres société d’édition, marché du DVD, du Blu-ray) ?

Dernièrement, nous avons rencontré plusieurs éditeurs lors d’une soirée. Tous s’accordaient sur le fait que le Blu-Ray ne marchait pas. Quand nous avons dit que nous ne voulions sortir que du Blu-Ray, on nous a pris pour des fous. C’est pour ça que nous sortons des combos. Le but pour 25 € est que le client qui ne souhaite que le DVD d’un film (qui aurait coûté entre 17 et 20 €) pait 5 € de plus pour déjà avoir le Blu-Ray et surtout, plus de bonus car nous mettons à ce moment-là deux DVD. L’un pour le film et l’autre pour les bonus. Mais ces 8 € nous permettent de faire un plus beau packaging et surtout de faire plus de bonus.
Nous partons maintenant vers des éditions au packaging vraiment beau, très très complètes puisque nous faisons plus de 2 h de bonus à chaque fois, parfois avec 4 disques si la musique est présente et pour des prix assez convenables. Surtout, nous ne bradons pas nos prix au bout de trois mois et nous faisons des éditions limitées. Vraiment limitées. Par exemple, avec 1 000 exemplaires dans les stocks au cas où. Il doit nous rester 50 exemplaires de Journée noire pour un bélier, L’Affaire de la fille au pyjama jaune, La nuit des Diables.
Quand ce sont des films Studio Canal nous ne pouvons pas les limiter par contre. Tout ça pour dire que les gens en ont ras le bol d’acheter des titres 20 € pour les retrouver en promo à 30 € les 3 en Fnac, 3 mois plus tard. Les éditeurs qui font ça sont fous. Ils se tirent une balle dans le pied.
Nous allons vers un marché de niche. Certains éditeurs préfèrent sortir 50 titres par an car la quantité rapporte de l’argent. Nous préférons en sortir 5/8 mais faire de belles éditions chiadées. Ça rapporte autant car au final nous vendons les 1 000 exemplaires, alors que certains éditeurs passent difficilement cette barrière, même en bradant. Mais au final, nous vendons nos titres 25 € et eux 15. Baisser les prix pour en vendre plus ne marche plus. C’est terminé. Notre cible est entre 1 000 et 2 000 ventes pour les gros titres. Il vaut mieux vendre 1 000 exemplaires à 25 €, que 1 500 à 15 €.

Question subsidiaire : pourquoi « Le Chat qui fume » ?

Nous étions un peu défoncés et nous cherchions un nom. Nous avions trouvé des noms trop professionnels. Heathcliff le Tourneur Hugon a proposé Le Chat qui Fume. Ça nous a fait bien rire et c’est resté. Ca fait marrer les gens, c’est le principal. Mais sinon, la drogue c’est mal. Sauf si vous cherchez un nom de société…

Plus de renseignements sur : La petite boutique du Chat qui fume.

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