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[Critique] A GHOST STORY de David Lowery

L'étrange A GHOST STORY de David Lowery est une expérience cinématographique assez unique et bouleversante, qui hante l'esprit longtemps après la projection...

A GHOST STORY de David Lowery

394075.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxLe cas David Lowery est fascinant. Réalisateur d’un premier film indépendant avec Rooney Mara et Casey Affleck, Les Amants du Texas (2013), remarqué au Festival du cinéma américain de Deauville, le cinéaste mettait un pied dans le cinéma commercial en 2016 avec l’adaptation pour Disney de Peter et Elliott le dragon. Un choix de carrière payant puisqu’il a su apporter sur ce pur produit de studio une sensibilité assez inattendue et un savoir-faire technique qui en font l’un des tous meilleurs films à destination du jeune public vus ces dernières années. Pour autant, Lowery a décidé de repartir vers la niche plus confidentielle du cinéma d’auteur exigeant avec son troisième long-métrage, A Ghost Story.
Comme pour reconnecter avec son premier film, il convoque à nouveau son couple des Amants du Texas, Rooney Mara et Casey Affleck, afin de donner corps à cette histoire de défunt qui revient sous la forme d’un fantôme, hanter son ultime demeure et sa compagne qui tente de se reconstruire… Drame sur le deuil, romance intemporelle, regard pertinent sur le temps qui passe indéfiniment, et sur l’inévitable renouvellement des épisodes du passé, A Ghost Story est un peu tout ça. C’est surtout en premier lieu l’histoire d’un amour évoqué sous le prisme d’un témoin particulier. C’est également un dispositif de mise en scène à la fois simple, épuré, et pourtant tellement pertinent, qui fonctionne et épouse son propos avec une évidence qui laissent pantois. Le choix du format carré en 4/3 de l’image, ses plans-séquences fixes qui s’étirent, ses innombrables surcadrages précis, son aspect contemplatif, son absence de dialogues sont autant d’éléments qui favorisent la transmission de l’émotion. Sous la première apparence intrigante du gimmick visuel (le fantôme avec son drap et ses trous pour les yeux, tel que l’imagerie populaire le représente dans la conscience collective), le film de David Lowery sonde ses personnages et leurs rapports passés, notamment celui de Rooney Mara (juste et bouleversante), dont on ne connaîtra jamais le nom (« M » au générique), elle-même réduite à une enveloppe qui erre dans sa maison et que l’on observe suivant le point de vue de son défunt compagnon (« C » au générique).

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L’intime et l’infini

Sa troublante réussite, A Ghost Story la doit également à sa volonté de ne pas balayer d’un revers de main la tradition du film de maison hanté. Objets qui se déplacent, craquements, lumières qui vacillent… Evidemment, on n’est pas dans la surreprésentation d’une production Blumhouse, mais ces éléments répétés ad nauseam dans les films du genre aujourd’hui, trouvent ici une résonance toute particulière, qui achève de redéfinir la portée originel de ces marques fantastiques.
Doté d’une photographie somptueuse d’Andrew Droz Palermo (You’re Next d’Adam Wingard, 2012), d’une musique lancinante, magnifique d’à propos, signée Daniel Hart (qui a œuvré sur les trois films de Lowery), d’un casting réduit à sa plus simple expression, A Ghost Story est à la fois une plongée dans l’intime et dans le même temps une envolée vers l’infini qui ne laissent pas de marbre. On pourra tout à fait rester à l’extérieur du film et de son propos réflexif, rebuté par un dispositif technique faussement simpliste et exigeant. Mais on aura également le droit d’y plonger la tête la première et en ressortir émerveillé d’avoir vécu une expérience cinématographique assez unique et bouleversante. Car à l’image de ses spectres immobiles, le film continue longtemps après de hanter l’esprit, pour peu que l’on accepte de s’y ouvrir…

A GHOST STORY de David Lowery


A GHOST STORY
David Lowery (USA – 2017)

4-5

Genre Drame fantastique – Interprétation Rooney Mara, Casey Affleck, Carlos Bermudez… – Musique Daniel Hart – Durée 87 minutes. Distribué en France par Universal Pictures le 20 décembre 2017.

L’histoire : Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire…

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