[Critique] DON’T BREATHE 2 de Rodo Sayagues

Vengeance aveugle

Avec la sortie en 2016 du bien méchant et brutal Don’t Breathe, le réalisateur Fede Alavarez confirmait tout le bien que l’on pensait de lui suite à la réussite surprise de son remake d’Evil Dead. Toujours associé à Sam Raimi, le cinéaste uruguayen prouvait sa capacité à transformer un concept fort en une véritable œuvre de cinéma tendue à souhait, à la brutalité assumée. Près de cinq ans après, le film accouche d’une suite. Fede Alvarez, toujours producteur et coscénariste, cède sa place derrière la caméra à son compère d’écriture des deux films Rodo Sayagues pour qui c’est un baptême du feu en tant que réalisateur. Davantage qu’un prolongement direct du concept du précédent opus, qui n’en avait pas nécessairement besoin, Don’t Breathe 2 se veut plutôt une démarcation, une exploration différente de son univers. Précédemment, le film permettait de suivre un petit groupe de jeunes délinquants quelque peu naïfs et innocents s’introduisant par effraction chez un homme retraité aveugle pour subtiliser ses possessions. Avant de s’apercevoir que l’occupant des lieux est un ancien militaire sacrément tenace et agressif qui dissimule de sombres secrets. Partant de cette base efficacement exploitée en 2016, Alvarez et Sayagues décident pour cette suite de quelque peu bifurquer. Les deux hommes cachent d’ailleurs bien leur jeu car l’ouverture du film et ses premières scènes laissent à penser à une certaine continuité de la formule précédente. Sauf que non… Les choses sont un peu plus complexes que cela, et tant mieux. Déjà, on retrouve un aveugle qui s’est semble-t-il repenti et canalisé puisqu’il élève une petite fille se substituant à sa progéniture décédée. Tout en lui menant une vie rigoureuse et paranoïaque basée sur la méfiance et la capacité à l’autodéfense, il lui octroie néanmoins quelques sorties bienvenues, preuve de l’évolution de sa rigidité passée. Mais chassez le naturel, il revient au galop… Surtout lorsqu’une vague de disparition d’enfants plane sur le quartier et qu’un groupuscule de malfrats aux sombres intentions tente de s’introduire dans la maison…

De Boogeyman à justicier… sans passer par la case prison

Don’t Breathe 2 repart sur des bases similaires, mais en modifiant le point de vue général. Si le spectateur se situait du côté des délinquants en 2016, que le personnage de Stephen Lang apparaissait progressivement comme un monstre inaltérable, voire comme un boogeyman en puissance, changement de braquet pour cette séquelle. Afin d’éviter la redite, Alvarez et Sayagues modifient l’appréciation que l’on peut avoir du personnage principal, et avec lui, remettent en perspective les enjeux et les motivations des autres protagonistes, et cela, à plusieurs reprises au sein du film, de sorte que l’on ne sait plus très bien ou se situe la moralité, qui sont les bons et les mauvais. Le thriller en Home invasion du premier opus se mue progressivement en film de vengeance à tendance Bis bien violente et craspec. Par un (plus ou moins) subtil renversement scénaristique, une révélation pour le moins glauque, l’aveugle endosse le rôle du justicier, et se trouve amené à venir sauver sa fille en usant de tous les coups, permis ou non. Dans sa deuxième partie, Don’t Breathe 2 sent bon le film d’exploitation déviant des années 80. Un choix assumé par la mise en scène de Sayagues, qui s’en sort plutôt bien dans sa gestion de l’espace et ses plans icono-crados aux lumières chiadées. Le film reste globalement très brutal : ça cogne, ça pète des rotules, ça charcle des avant-bras et ça saigne abondamment, n’est pas porté sur la réflexion pour deux sous, mais, bardé de bonnes idées et jouissivement bourrin, ce second opus marque des points dans ses louables intentions de rentrer dans le lard et de retourner les repères du spectateur. Avec un soupçon de déviance en plus qui en fait tout le sel. Une prise de risque évidente à la moralité pouvant être remise en cause (on est désormais derrière un héros qui, hier, était un monstre) mais au final payante. Dans la liste des suites pas honteuses et qui développent plutôt habilement un univers donné, Don’t Breathe 2 s’assume et parvient même à surprendre. Agréablement.

Note : 3 sur 5.

DON’T BREATHE 2. De Fede Alvarez (USA – 2021).
Genre : Thriller. Scénario : Fede Alvarez et Rodo Sayagues. Interprétation : Stephen Lang, Madelyn Grace, Brendan Sexton III, Stephanie Arcila, Rocci Williams… Musique : Roque Baños. Durée : 99 minutes. Disponible en achat VOD et location VOD le 23 décembre 2021 et en Blu-Ray et DVD le 19 janvier 2022 chez Sony Pictures Home Entertainment France (page Facebook et page Twitter).

L’histoire : Quelques années après l’effraction mortelle au domicile de Norman Nordstrom, ce dernier vit toujours dans la maison délabrée de Détroit mais cette fois avec une adolescente nommée Phoenix. Elle ne quitte jamais la propriété et maintient un régime strict de travail scolaire et de techniques rigoureuses d’autodéfense. Mais leur vie paisible bascule lorsqu’un groupe obscur de criminels débarque en force et kidnappe la jeune fille. Notre aveugle va alors devoir réveiller ses instincts les plus sombres pour espérer la sauver.


Retrouvez la fiche du film sur le site Cinetrafic.

Par Nicolas Mouchel

Créateur et rédacteur sur Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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