Si le principe de rebooter une courte saga datant d’à peine quelques années est déjà une aberration en soi, dans le cas de The Strangers/Les Intrus, le résultat pouvait laisser songeur. Place à la deuxième partie, sur trois opus prévus, toujours réalisée par Renny Harlin et produite par l’inénarrable Courtney Solomon (réalisateur d’un cataclysmique Donjons et Dragons de sinistre mémoire en 2000). Deuxième chapitre de la suite/reboot plutôt médiocre de The Strangers, diptyque plutôt réussi signé par Bryan Bertino et Johannes Roberts, sorti en 2008 et 2018 et constitué d’un home-invasion barbare et d’une foire à la barbaque enthousiasmante, Les Intrus : Chapitre 2 poursuit directement l’intrigue du précédent film. Après avoir échappé au trio de tueurs masqués suite à une nuit cauchemardesque à l’issue de laquelle son compagnon est massacré, la survivante Maya (Madelaine Petsch) est hospitalisée. Mais alors qu’elle se croit à l’abri, les trois mystérieux assassins rodent et la pourchassent. A l’image d’un Halloween 2 qui collait au cul direct du chef d’œuvre de John Carpenter en suivant le personnage de Laurie Strode dans un hôpital, Renny Harlin et son trio de scénaristes assimilent le concept pour le régurgiter tel quel. Durant presque une heure, on suit la traque de la jeune femme qui tente d’échapper à ses assaillants dans tout ce que l’hôpital peut proposer comme lieux glauques/étroits/cachettes potentielles. Du hall d’accueil aux sous-sols en passant par la morgue et les innombrables couloirs, le cinéaste viking colle au train de son héroïne, tantôt blessée et ralentie, tantôt vigoureuse et bien décidée à se faire la malle en un seul morceau. Disons le d’emblée : la suspension d’incrédulité du spectateur est poussée à fond les ballons pour lui faire accepter que cette jeune victime d’hier est devenue en l’espace d’un long-métrage une warrior de la survie, peu sensible aux coups de hache et de machette, astucieuse comme pas deux pour disparaître du champ de la caméra, se planquer et s’extraire de la menace de Pin-Up Girl, Scarecrow et Dollface. Quitte à braver les lois de la cohérence les plus basiques…

Trauma

On ne peut nier que Renny Harlin a de beaux restes à faire valoir en termes de mise en scène, le tout est très fonctionnel et efficace, la grammaire du petit générateur d’angoisse et de suspense est respectée à la lettre, sans aucun génie. On a vu bien pire dans les séries B horrifiques de ces dernières années en termes de photographie et de facture visuelle. Mais malheureusement, tout cela tourne rapidement à vide. Si le réalisateur de Deep Blue Sea respecte les lentes montées en tension propres à la saga (même s’il n’atteint jamais le travail d’orfèvre des irruptions dans le cadre du home-invasion de Bryan Bertino), le problème vient du fait qu’il n’en fait rien. La faute à un scénario balisé et qui ne trouve rien de mieux que de porter sa protagoniste principale en héroïne de plus en plus bad-ass, qui sait encaisser les coups sans trop broncher (jusqu’à se recoudre toute seule dans les bois), ce qui retire une bonne part de l’angoisse suscitée puisqu’elle en devient quasi-invincible. Alors que les deux films initiaux signés Bryan Bertino et Johannes Roberts étaient aussi astucieux et premier degré dans leur approche et leur goût de la violence décomplexée, assurant et assumant leur menace d’autant plus sauvage qu’elle était dénuée de motivation, cette nouvelle trilogie tombe dans le piège de l’explication à tout prix. En fait, ce qui intéresse les instigateurs de cette nouvelle mouture, c’est de briser le serment symbolique fait avec le spectateur sur le mystère qui entoure les tueurs, puisque le film commence à dévoiler les motivations d’un des trois personnages plus précisément, via des flash-backs dévoilant un traumatisme, dont on se serait bien passé, et qui annoncent que les autres psychopathes seront auscultés dans la troisième et dernière partie. Toute l’aura maléfique de ce trio sanguinaire s’en trouve dévitalisée de sa substance horrifique et foldingue. De même, après avoir saigné les possibilités de l’hôpital, l’intrigue à la bougeotte et se déplace pour aller visiter une écurie, un bois, la maison du précédent film… Tout comme elle abuse avec les sous-genres convoqués. Du home-invasion initial, on passe au survival à la Rambo, puis au film d’attaque animale (la scène invraisemblable du sanglier dans les bois), preuve d’une évidente valse en roue libre des idées des scénaristes qui ne s’interdisent rien. Les personnages secondaires sont autant de victimes expiatoires rapidement éliminées, mais constituent également autant de suspects potentiels pour endosser le rôle des tueurs. Les Intrus : Chapitre 2 est donc bel et bien ce film d’horreur bas du front qu’on attendait, qui ne fait que bêtement copier sans rien proposer de neuf. Heureusement pour lui, sa facture technique en fait un spectacle estimable pour peu qu’on oublie la mythologie originale, ici copieusement trahie. On peut aussi éprouver à la vision de cette séquelle une certaine jouissance dans la capacité de ses auteurs à repousser les limites de la crédibilité. Attendons la suite pour voir…

Note : 2.5 sur 5.

LES INTRUS : CHAPITRE 2 (The Strangers : Chapter 2). De Renny Harlin (USA – 2025).

Genre : Horreur. Scénario : Alan R. Cohen, Alan Freedland et Amber Loutfi. Photographie : José David Montero. Interprétation : Madelaine Petsch, Gabriel Basso, Froy Gutierrez, Ema Horvath, Ella Bruccoleri, Richard Brake, Rachel Shenton, Joplin Sibtain… Musique : Justin Caine Burnett. Durée : 99 minutes.
Distribué par Metropolitan Filmexport (12 mars 2026).

Le Blu-ray de Metropolitan. Le film peut s’appuyer sur son gros point fort : une photographie assez travaillée et chouette, que cette édition haute définition s’applique à retranscrire avec un maximum d’efficacité, bien plus en tout cas que pour le précédent opus. L’image au format 2.39 est riche en détails, ciselée, avec des contrastes assez saisissants et des noirs profonds, même si la colorimétrie penche sérieusement vers le grisâtre. Il n’empêche, certains sursauts de couleurs font leur effet, comme cette plongée dans une luminosité rouge clignotante dans l’hôpital. Belle performance de la piste originale qui propose du DTS HD Master Audio 5.1 pour un résultat très efficace. Là aussi, l’édition vidéo fait mieux que pour le précédent film de la saga. La conjugaison de la musique et des sons d’ambiance apportent une dynamique très immersive et techniquement, on est dans un rendu de très belle qualité. C’est sensiblement la même chose pour la version française, qui apparaît cependant un peu moins punchy.
Niveau interactivité, un making-of revient sur le tournage des trois films coup sur coup, donnant la parole au réalisateur et aux comédiens, mais aussi à l’affreux producteur Courtney Solomon. Pas transcendant mais assez informatif. A cela s’ajoute la captation d’une séance de Questions et réponses issues du Comic Con de Los Angeles en 2025, qui réunit Harlin, Solomon et la comédienne principale du film, Madelaine Petsch. Là encore, pas mal d’informations sur le tournage (notamment dans l’hôpital) et d’éléments sur la conception de la trilogie, tournée en simultanée dans les Pays de l’Est. L’éditeur a ajouté des éléments promotionnels du film sous forme de galerie photos et affiches, auxquelles s’ajoutent teaser et bandes-annonces.

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