Le Tueur frappe trois fois est la seconde réalisation de Massimo Dallamano, ancien chef opérateur auprès, notamment, de Sergio Leone. Situé à la confluence du Krimi allemand et du Giallo italien, le film propose une expérience hybride qui privilégie le drame psychologique à l’horreur pure. Entre enquête policière et pathologie intime, Le Tueur frappe trois fois est moins une œuvre spectaculairement angoissante, qu’une observation psychologique de ses personnages.

On y suit à Hambourg l’inspecteur Franz Bulon (John Mills), policier vieillissant sous pression pour démanteler un réseau de drogue dont les témoins sont systématiquement assassinés. Cependant, le véritable moteur du film se situe dans la jalousie maladive que l’inspecteur éprouve envers sa jeune et séduisante femme Lisa (Luciana Paluzzi). Aveuglé par ses soupçons, il finit par proposer un pacte à un tueur professionnel, Max (Robert Hoffmann), pour éliminer son épouse. Le film de Massimo Dallamano reste très classique dans sa forme, travaillant à créer une atmosphère visuelle relativement froide, avec ses cadres soignés mais sans exubérance majeure. Esthétiquement, on retiendra essentiellement le morceau de bravoure du film, la superbe séquence inaugurale, montrant un assassinat dans les rues sombres de Hambourg, qui semble le placer comme un digne représentant d’un Giallo alors naissant, avec sa caméra subjective suivant le point de vue d’un tueur ganté, qui assassine à l’aide d’une arme blanche. Une direction dont il va cependant rapidement s’éloigner. Déjà, l’identité du meurtrier est très vite dévoilée, faisant supporter l’intérêt du récit sur d’autres enjeux, et s’engage alors plutôt vers le film noir, le thriller et le film criminel allemand (Krimi). Si quelques aspects giallesques demeurnt éparpillés ici et là, notamment le fétichisme et le désir contrarié, il s’agit plutôt d’éléments amenés à se développer et devenir des incontournables du genre ailleurs, mais qui, ici, constituent des sortes de prémices. Ce qui n’est pas rien.

Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette…

C’est donc une enquête de police relativement traditionnelle, assez plan-plan, qui s’égrène, voire une étude de mœurs, autour de l’obsession et de la jalousie maladive du personnage principal, aspect déjà un peu plus intéressant. La relation ambivalente à sa femme que développe le personnage de l’inspecteur, outre d’être assez inédite, tout du moins dans cette ampleur, pour un tel protagoniste, fait dévier le récit de manière prometteuse. Malheureusement, l’écriture ne suit pas vraiment et l’intérêt s’étiole, d’autant que le film avance suivant un rythme assez léthargique. L’aspect ludique de l’œuvre vient plutôt de son côté manipulateur, l’ensemble des personnages semblant manigancer les uns contre les autres. Dans le rôle de l’inspecteur Franz Bulon, John Mills n’est pas ménagé et s’en sort plutôt bien dans cette composition pas évidente de personnage dévoré par la suspicion, qui aurait pu basculer vers le cabotinage. A ses côtés, Luciana Paluzzi distille un sentiment de mystère et de doute permanents, en femme fatale désirable à chaque scène où elle apparaît. Quant à Robert Hoffmann (Spasmo), son regard magnétise chaque plan.

Au final, Le Tueur frappe trois fois est un film hybride très imparfait mais pas inintéressant. Les amateurs de Giallo y retrouveront quelques motifs, mais pas suffisamment pour les contenter. Les passionnés de thriller psychologique ne seront pas beaucoup mieux lotis. Difficile cependant de rejeter en bloc cette œuvre marquante par sa versatilité. Dallmano fera beaucoup mieux et plus passionnant quelques années plus tard avec le Giallo Mais qu’avez-vous fait à Solange ?

Note : 3 sur 5.

LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS (La Morte non ha sesso). De Massimo Dallamano (Italie/Allemagne de l’Ouest – 1968).

Genre : Thriller. Scénario : Giuseppe Belli, Massimo Dallamano et Vittoriano Petrilli. Photographie : Angelo Lotti. Interprétation : John Mills, Tullio Altamura, Luciana Paluzzi… Musique : Giovanni Fusco et Gian Franco Reverberi. Durée : 88 minutes.
Distribué par Rimini Editions (15 mai 2026).

L’édition Blu-ray de Rimini


Malgré un master qui accuse son âge, avec notamment la présence d’un grain très prononcé et de quelques griffures et rayures, le travail de restauration s’avère propre et fidèle à la texture argentique d’origine. Les contrastes s’en sortent plutôt bien, y compris dans les scènes nocturnes et les couleurs, sans être flamboyantes, ressortent correctement. Trois pistes son sont proposées avec autant de post-synchronisation à la fois en italien, en anglais et en français. Il n’y a que l’embarras du choix. Globalement, rien à reprocher à ces doublages qui restent clairs, dynamiques et audibles mais à la spatialisation évidemment très limitée.
Le blu-ray, accompagné d’un DVD, qui s’inscrit au sein de la collection Angoisse de Rimini, propose un bonus inédit avec la présentation du film par Stéphane Lacombe, spécialiste du cinéma de genre italien et responsable éditorial pour les éditions Frenezy, qui revient sur la carrière éphémère de Massimo Dallmano (décédé dans un accident de voiture), avant de s’appesantir sur le film en lui-même et toutes ses composantes (36′). L’édition comporte également un livret de 24 pages rédigé par Marc Toullec, que nous n’avons pu consulter.

Laisser un commentaire

Articles les plus consultés