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[Critique] CITADEL de Ciaran Foy

CITADEL de Ciaran Foy

Depuis ses multiples projections et prix glanés dans les festivals du monde entier, Citadel, premier film de l’Irlandais Ciaran Foy, a généré un sacré buzz au sein de la communauté des fantasticophiles. Une réputation loin d’être usurpée car ce film d’horreur est une belle réussite, d’autant plus probante qu’il s’agit d’un premier long-métrage.

Citadel débute comme un drame noir mâtiné de fantastique. Coincé dans un ascenseur,  Tommy est le témoin impuissant du meurtre de sa femme enceinte par une étrange bande d’enfants encagoulés. Par le biais d’une ellipse, on retrouve le jeune homme seul à élever sa fille, dans un appartement miteux. Il souffre d’une forme violente d’agoraphobie, associée à une paranoïa carabinée depuis le drame. Outre la tristesse de la perte de sa femme, il doit composer avec une terreur latente liée au monde extérieur, et la responsabilité d’élever seul son enfant. Dans une atmosphère étouffante et anxiogène, Ciaran Foy suit le quotidien d’un jeune homme socialement inadapté, en perte total de repère dans un environnement décrépi et terne. Seul motif d’espoir : une infirmière black qui semble en pincer pour lui.

CITADEL de Ciaran Foy

Portée sociale et post-apocalyptique

La portée sociale du film est évidente, sans pour autant paraître balourde. Le décor, constitué par la zone d’immeubles désaffectés, véritable personnage à part entière du film, renvoie évidemment aux banlieues laissées à l’abandon, dans une imagerie qui n’est pas sans évoquer également certains récits post-apocalyptiques. Un mélange qui fonctionne. On peut également voir dans Citadel une parabole sur la crainte de la perte d’un enfant, retiré à un parent psychologiquement instable par les services sociaux. Le réalisateur semble laisser dans un premier temps la porte ouverte à un doute sur la véracité des attaques des créatures, tant le personnage principal semble ne plus discerner le cauchemar et la réalité. Et si cette agression n’était que la transposition des angoisses du jeune homme… En cela, Citadel développe une approche poignante de la paternité qui n’est pas sans rappeler le discours maternel d’un autre film d’horreur récent et très réussi, Mama d’Andy Muschietti.

CITADEL de Ciaran Foy

Le réveil du père

Ciaran Foy parvient à donner vie à son personnage principal et au cadre délabré et grisâtre qui l’entoure sans tomber dans le misérabilisme outrancier. La phobie de Tommy occupe l’essentiel de l’attention du cinéaste dans une première partie tendue à l’extrême, quasi irrespirable. Foy soigne ses cadres, filme au millimètre ses décors, suit ses personnages au plus près en plans très rapprochés, et parvient à juxtaposer et à mélanger les sentiment de peur liés au vertige de l’agoraphobie et à la terreur de l’agression, distillant, cerise sur le gâteau, quelques plans fugaces sur la physionomie monstrueuse des assaillants encapuchonnés.

Citadel n’est pas pour autant un film d’horreur prétexte, qui use des règles du genre pour accoucher d’un pompeux discours social. Alors que le spectateur peut se poser la question de la projection éventuelle des démons intérieurs de Tommy à son entourage, le film bascule clairement dans sa deuxième partie vers un fantastique assumé et graphique. Par le biais de l’agression aussi soudaine que violente d’un personnage secondaire, Citadel plonge dans l’horreur la plus sombre. C’est d’ailleurs à ce moment que le personnage de Tommy semble se reprendre et laisser de côté sa phobie pour prendre ses responsabilités de père et partir dans le repère des monstres pour aller sauver sa progéniture.

CITADEL de Ciaran Foy

The Brood

Bien que plus frontale et premier degré, la seconde moitié du film n’en est pas moins très réussie. On pourra toujours trouver à redire sur le côté un peu trop explicatif des enjeux, sur le personnage du prêtre vengeur, véritable cliché du genre. Mais la proposition du cinéaste irlandais de s’engager vers un fantastique brut et assumé, le tout avec une telle maîtrise du suspense, de la représentation de la monstruosité (Chromosome 3 de David Cronenberg n’est pas loin) et quelques trouvailles très réussies et pertinentes (l’enfant aveugle, le design des créatures, la bande-son glaçante), achèvent de faire de Citadel un grand film de terreur anxiogène, à la superbe photographie. Un mot également pour finir sur le jeune comédien principal, Aneurin Barnard, sorte d’Elijah Wood névrosé, auteur d’une prestation remarquable et qui porte le film sur ses épaules. Le galop d’essai de Ciaran Foy est un bijou noir, un moment de terreur pure et sincère, une réflexion sur le deuil et la détresse, un film sur la solitude qui atteint avec brio tous ses objectifs. Précieux…

CITADEL de Ciaran FoyCITADEL de Ciaran Foy (Angleterre/Irlande – 2012)

Très Bon

Avec Aneurin Barnard, James Cosmo, Wunmi Mosaku…

Après avoir perdu sa compagne, violemment assassinée par une bande de jeunes encagoulés, Tommy se retrouve seul à élever leur bébé. Il doit également faire face à une agoraphobie violente qui l’empêche de sortir de chez lui et le rend paranoïaque. Aidé par un prêtre et une infirmière, il va pourtant devoir faire face à ses démons pour sauver sa fille…

4 réponses »

      • Bravo également ! La comparaison avec Elijah Wood est évidente et James Cosmo nous fait penser à Gimli, le nain, interprété par John Rhys Davis. On est loin du Seigneur des Anneaux pourtant. Votre critique dit tout, ne pas apprécier ce film c’est possible, pour qui ne voit pas que les films de terreur ou les films de « speculative fiction » exigeants parlent non pas d’un autre monde, pas d’un monde parallèle ou au delà de la galaxie, mais bien de celui dans lequel nous vivons, et avec la plus grande acuité.

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