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[Critique] LES HEURES SOMBRES de Joe Wright

Loin du biopic poussiéreux combiné au film de couloirs interminables qu'on aurait pu craindre, LES HEURES SOMBRES de Joe Wright s'avère être un pur bijou cinématographique, une oeuvre techniquement très aboutie aux thématiques riches et passionnante de bout en bout.

LES HEURES SOMBRES de Joe Wright

5360469Le réalisateur Joe Wright s’attaque au biopic sur fond de guerre avec Les Heures sombres, portrait en creux de Winston Churchill, à son arrivée au poste de Premier Ministre, alors que l’Angleterre s’inquiète d’une probable invasion du pays par les Nazis. Un projet ambitieux mais aussi à double tranchant, puisque le scénario d’Anthony McCarten (également producteur) sent bon le film de couloirs, rythmé par des échanges dialogués innombrables et des jeux de pouvoir entre les personnages. En résumé, facile de rendre une copie bien barbante de ce qui s’avère pourtant être un épisode déterminant de la Seconde Guerre mondiale côté anglais, alors que l’opération Dynamo n’a pas encore été lancée, et que l’armée britannique est prise en tenaille à Dunkerque. Mais Joe Wright est un cinéaste intelligent, et extrêmement talentueux. Spécialiste de l’adaptation, d’Orgueils et Préjugés (2005) à Pan (2015) en passant par Anna Karenine (2012), Wright en connaît rayon dans le domaine, et sait comment faire d’éléments au demeurant peu visuels un véritable film de cinéma. Mieux, le réalisateur se dévoile ici comme un véritable cinéaste inspiré et maître de ses choix formels, reléguant au plus loin toute forme d’académisme pompier.

LES HEURES SOMBRES de Joe Wright

Raconter par la caméra

D’ailleurs, il n’y a pas de tour de chauffe dans Les Heures sombres. Le film débute par une bruyante séquence de lapidation verbale du Premier Ministre en place, au sein d’un parlement anglais hystérique. Une scène qui nous est proposée par le biais d’un ample mouvement de caméra au-dessus des membres du gouvernement et qui termine sa course sur le siège vide Churchill, où trône un chapeau. Avec ce dispositif déjà virtuose, Joe Wright nous prend par la main dès l’entame et ne nous lâche plus. En un seul plan, le cinéaste plante le décor, son personnage principal et surtout, signe une véritable note d’intention de ce que sera tout le film : une véritable oeuvre cinématographique et une volonté affirmée de raconter son histoire par le biais de la caméra. Pari on ne peut plus réussi, puisque Les Heures sombres transpire le cinéma et la mise en scène et se montre littéralement passionnant de bout en bout. Les jeux de lumière, les mouvements d’appareils, le placement des personnages dans le cadre, les surcadrages provoquant l’isolement de Churchill, la reconstitution soignée… tout est significatif et renforce le discours du film. Brillamment incarné par un Gary Oldman qui ne s’efface néanmoins pas totalement derrière les prothèses, Churchill y apparaît dans toute sa bonhomie, sa complexité et ses paradoxes, même si on pourra reprocher au film de ne pas s’appesantir sur certains aspects plus controversés de sa personnalité.

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Le poids des responsabilités

Les Heures sombres est également un film sur le poids des responsabilités, sur la solitude et la dignité d’un homme opposé aux décisions lâches du pouvoir de son pays, qui se retrouve seul contre tous, en proie aux doutes, comme le montre Joe Wright à plusieurs moments du film, mais qui ne flanche pas et trouve dans le soutien populaire une forme d’aboutissement et d’énergie pour renverser les éléphants et autres dinosaures du pouvoir. Le film n’oublie pas de créer de l’émotion lorsque l’homme politique prend en plein visage et en plein cœur toute l’horreur et la tristesse de la perte d’un être cher sur le front, loin des bureaux londoniens, par le témoignage et les larmes d’une simple secrétaire…
Tourné du point de vue des têtes pensantes anglaises, Les Heures sombres s’avère, en cela, être un complément idéal au Dunkerque de Christopher Nolan, oeuvre éminemment technique et cinématographique s’il en est, que le film de Joe Wright regarde droit les yeux…


LES HEURES SOMBRES
Joe Wright (Royaume-Uni – 2017)

Note : 4.5Genre Biopic/drame – Interprétation Gary Oldman, Ben Mendelsohn, Kristin Scott Thomas, Lily James, Ronald Pickup… – Musique Dario Marianelli – Durée 125 minutes. Distribué par Universal (15 mai 2018).

L’histoire : Durant les premiers mois de la Seconde Guerre mondiale, avec la capitulation imminente de la France, la Grande-Bretagne, menacée par une invasion allemande, traverse ses heures les plus sombres. Les victoires successives de l’armée nazie et les troupes alliées piégées à Dunkerque laissent le sort de l’Europe de l’Ouest entre les mains du nouveau Premier ministre britannique Winston Churchill. Devant user de manœuvres et de diplomatie avec ses rivaux, Churchill est face à un choix fatidique : négocier avec Hitler et épargner à ce terrible prix le peuple britannique ou mobiliser le pays et se battre envers et contre tout.


L’édition Blu-ray de Universal

LES HEURES SOMBRES de Joe Wright

Technique : ★★★★☆
Bonus : ★☆☆☆☆


Gros travail d’orfèvre sur cette copie Blu-ray qui propose une image d’une finesse et d’une définition à tomber par terre. La photographie joue à merveille des contrastes de lumières et le résultat à l’écran fonctionne à plein régime avec des noirs profonds, un piqué tranchant et des contours d’une précision bluffante. Les choix de lumière pertinents sont d’autant plus mis en avant et flattent la rétine du spectateur.

La piste originale anglaise est évidemment la plus séduisante, avec un dynamisme assez incroyable pour un film marqué par l’omniprésence des dialogues. En termes de spatialisation, cette version anglaise est remarquable, mais la version française, solide également, ne démérite pas.

Au niveau interactivité, en revanche, c’est plutôt la soupe à la grimace. En complément du commentaire audio du réalisateur Joe Wright, on y trouve deux malheureux modules, aussi courts que peu intéressants car beaucoup trop promotionnels, avec des intervenants pour le moins enthousiastes, mais au discours formaté au possible. C’est d’autant plus pénible qu’il y avait évidemment matière à explorer la conception riche du film, plutôt que de s’appesantir sur le maquillage de Gary Oldman…

(2 commentaires)

  1. Ah oui ?
    Bon… moi je vais avoir du mal avec la « performance » d’Oldman et la tonne de latex… Comme s’il n’y avait pas assez d’acteurs gros pour incarner ce personnage… mais puisque tu as piqué ma curiosité, je vais m’y coller… 😉

    Aimé par 1 personne

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