[Critique] PIFFF 2022 : THE LAIR de Neil Marshall

Perdu pour la cause...

A quoi ça tient une carrière… Une rencontre, un changement total de perspective. Un peu d’opportunisme ? Né dans la série B pur jus avec Dog Soldiers en 2002 et ses trouffions face à des loups-garous, le réalisateur britannique Neil Marshall laissait entrevoir un potentiel qui a littéralement explosé trois ans plus tard avec le traumatisant The Descent, qui fait toujours aujourd’hui référence en matière de survival en huis clos où la claustrophobie est élevée au rang d’art. Un coup de génie qui, malheureusement, ne sera jamais réellement confirmé, puisque Marshall tombera ensuite dans des productions bien bourrines comme Doomsday (2008) et Centurion (2010), qui, en dépit de quelques qualités, restent assez bas de plafond. Viennent ensuite une bonne poignée de séries télé, parmi les plus prestigieuses de ces dernières années : Game of Thrones, Hannibal, Westworld… qui montrent que Marshall sait encore emballer un show spectaculaire et cohérent. Puis, le cas Hellboy, dont l’adaptation plus fidèle à l’esprit du Comics de Mignola a subi les foudres de la critique et des spectateurs (encore sous le charme de l’approche de Guillermo Del Toro), alors qu’il n’est pas si honteux qu’on veut bien le dire. Enfin, vient Sorcière – Cinq jours en enfer, première collaboration avec sa nouvelle compagne Charlotte Kirk, qui débouche sur un film atroce…
Un récapitulatif de carrière nécessaire pour montrer que, si Marshall n’a pas l’étoffe des grands maîtres de l’horreur, il a eu en germes celle d’un artisan largement capable de bien faire. Sauf qu’aujourd’hui, le cinéaste n’est plus que l’ombre de lui-même. Il n’entend désormais travailler qu’avec sa compagne, qui occupe davantage que le premier rôle de ses films, puisqu’elle corédige les scénarios et produit chacun des projets. Si Sorcière, malgré quelques décors sympathiques, film d’époque oblige, semblait afficher un manque d’inspiration criant de la part de Marshall, la vision de The Lair a tout d’une confirmation : le bonhomme est désormais littéralement perdu pour la cause…

La tête la première dans le Z…

Imaginez une adaptation de Resident Evil, le jeu vidéo déjà piétiné par Paul WS Anderson au long d’une saga interminable et d’une médiocrité homogène, qui se situerait dans le désert afghan. C’est là que se retrouve paumée la lieutenante Kate Sinclair, pilote de la Royal Air Force, dont l’avion est abattu. Elle découvre une sorte de bunker isolé dans lequel d’étranges et monstrueuses expériences ont été cornaquées par les Russes. Avec l’aide d’un groupe de marines, elle va tenter de comprendre, avant de boum badaboum, car on est chez Neil Marshall, quand même… The Lair est un incroyable aveu de faiblesse cinématographique. Ce septième long-métrage du réalisateur est de loin le plus mauvais, et surtout la plus formidable preuve de renonciation à toute ambition et audace. Sur un scénario une fois encore écrit à quatre mains (et coproduit) avec Charlotte Kirk, The Lair s’effondre et pisse le sang de toutes parts. Filmé comme un DTV philippin réalisé par un manchot aveugle (pardon à eux), monté à grands coups de hachoir, interprété sans conviction aucune entre un second degré parfois perceptible et un premier degré bourrin et bien couillon, The Lair est une aberration filmique. Entendons-nous bien, des DTV mal torchés, réfugiés sur les plateformes de streaming, il y en a un paquet. Celui-ci n’est ni pire, ni mieux. Mais il vient de la personne ayant signé un authentique coup de maître avec The Descent. La chute, qui semble infinie, n’en est que plus douloureuse. Et l’excuse du Bis à tout crin est dure à avaler : « je souhaitais revenir au cinéma de mes débuts » clame le réalisateur. Ok, sauf qu’en se précipitant vers la série B, il s’est retrouvé emporté au fin fond du Z le plus naze. S’il y a quelque chose à sauver dans The Lair, ce serait éventuellement les effets spéciaux des créatures, globalement à leur avantage grâce à des effets mécaniques et au recours de prothèses qui tiennent plutôt la route. Pour le reste, hormis filmer la moue boudeuse et inexpressive de Charlotte Kirk qui se la joue Ellen Ripley mixée à Sarah Connor de bas étage, à grands renforts de travellings sur son physique, Marshall démissionne complètement de son rôle de cinéaste investi et talentueux. Si le spectacle d’un affrontement de militaires contre des gloumoutes vous tente, que le rendu d’une image dégueulasse vous laisse de marbre, et que vous n’êtes pas trop intransigeant sur une interprétation globale extrêmement défaillante, ça peut se laisser voir pour une soirée pizzas/bières avec des amis. Sinon, passez votre chemin et allez poser un cierge pour Neil Marshall, en état de mort artistique avancée. Tombé au combat. Sans les honneurs…

Note : 1 sur 5.

THE LAIR. De Neil Marshall (USA – 2022).
Genre : Action/horreur. Scénario : Neil Marshall et Charlotte Kirk. Interprétation : Jonathan Howard, Charlotte Kirk, Jamie Bamber, Kibong Tanji… Musique : Christopher Drake. Durée : 96 minutes. Distribué en vidéo par Koba Films (18 janvier 2023).

Par Nicolas Mouchel

Créateur d'Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

2 Comments on [Critique] PIFFF 2022 : THE LAIR de Neil Marshall

  1. Bon, bah j’avais déjà détesté Hellboy et Doomsday avec lesquels tu es plutôt indulgent… je pense donc qu’il ne vaut mieux pas aller me frotter à celui là…
    Je crois qu’il fait partie de ces cinéastes un peu trop tôt érigés en petits maitres du genre…
    À y repenser, Dog Soldier était sympathique mais montrait déjà clairement les limites du gars en matière de mise en scène…
    Reste The Descent… mais si ça se trouve le directeur de la photo et le producteur avaient peut-être pris le pouvoir sur le film…?

    Aimé par 1 personne

    • Ah The Descent… Il n’est pas impossible en effet que son équipe technique l’ait tiré considérablement vers le haut vu la réussite du film. Pour le reste, tu peux sans problème te passer de celui-ci 😉

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