[Be Kind Rewind] LE CHÂTEAU DE LA TERREUR de Joseph Pevney (1951)

Le Château de la Terreur (à ne pas confondre avec The Terror de Roger Corman en 1963 et sorti en France en vidéo sous le même titre) a été réalisé par Joseph Pevney en 1951. Le cinéaste, à la longue carrière autant sur le petit que le grand écran (on lui doit notamment des épisodes de Star Trek), adaptait alors une nouvelle de Robert Louis Stevenson (The Sire of Maletroit’s Door) écrite en 1877. Au sein d’un château mystérieux, un jeune homme coureur de jupons se retrouve prisonnier par le maître des lieux afin d’épouser de force sa nièce… Sur ce constat intriguant, Pevney et le scénariste Jerry Sackheim brodent une intrigue assez déroutante dans le sens où le film ne prend pas réellement la direction du genre fantastique que l’on était en droit d’attendre vu le titre, mais développe plus précisément  une sombre histoire de vengeance familiale, mâtinée d’éléments à la marge du cinéma horrifique. En premier lieu, on relève la présence tout en haut du générique de l’immense Boris Karloff, interprète inoubliable de la créature du Frankenstein de James Whale et de nombreux autres rôles majeurs des Universal Monsters. Karloff joue ici un second rôle, celui d’un serviteur dévoué à son maître et qui aura un rôle clé dans le dénouement de l’intrigue. Face à lui, un autre “monstre” du cinéma, Charles Laughton, sublime acteur britannique vu dans L’Île du Docteur Moreau d’Erle C. Kenton (1932), Les Révoltés du Bounty de Franck Lloyd (1935) ou encore dans Spartacus de Stanley Kubrick (1960). Il est surtout célèbre pour l’un des plus grands chefs d’oeuvres de l’histoire du cinéma, La Nuit du chasseur (1955) dont ce fut son unique réalisation. Laughton campe dans Le Château de la Terreur un rôle haut en couleurs à sa (dé)mesure, un improbable notable français profitant à l’excès des plaisirs de la vie, mais à la rancune tenace. Le comédien y déploie toute sa verve et porte littéralement le film sur ses épaules.

Charles Laughton, ce héros

Le film de Pevney débarque à un moment charnière de l’histoire du studio Universal, qui tente alors de relancer son fonds horrifique gothique qui a fait son succès quelques années avant, et dans une période où la Hammer n’en est encore qu’à ses balbutiements. Que ce soit les décors, ses éclairages, sa théâtralité et l’approche général, le Château de la Terreur développe une imagerie gothique très appréciable. Si le scénario se révèle assez anecdotique, l’implacable mécanique vengeresse qui est décrite donne tout son sel au film. Les personnages ont tous des secrets à dissimuler, et les machinations s’enchaînent, que ce soit le maître des lieux, le jeune couple prisonnier, le serviteur ou encore le vieil ami du héros qui va tenter de le faire s’échapper… Tout le monde complote. Mais c’est au final Alain de Maletroit (Charles Laughton) qui, dans sa vaste entreprise de vengeance à l’encontre son frère, va se montrer le plus sadique tout en cherchant à faire souffrir sa nièce au maximum. Une mécanique de vengeance marquée par une incroyable cruauté, qui trouvera son apogée dans le dernier acte du film, avec la mise en place d’un piège destiné à faire maigrir d’un seul coup notre jeune couple d’amoureux… Aux frontières du film d’horreur, mais également du film de cape et d’épées, avec quelques scènes d’action chorégraphiées directement héritées du genre (notamment l’entrée en matière du héros dans la taverne), Le Château de la Terreur se révèle au final une oeuvre très agréable à suivre, esthétiquement intéressante et surtout, portée par un Charles Laughton cabotin dans le bon sens du terme…


LE CHÂTEAU DE LA TERREUR
Joseph Pevney (USA – 1951)

Genre Fantastique – Interprétation Charles Laughton, Boris Karloff, Sally Forest, Richard Wyler, William Cottrell… – Musique Joseph Gershenson – Durée 81 minutes. Distribué par Elephant films (25 juin 2019).

L’histoire : Dans une auberge, le sire Alain de Maletroit voit un homme se faire tuer par balle par le fougueux Denis de Beaulieu. Ce dernier s’enfuit en calèche, puis à pied dans la nuit. Il se retrouve devant une étrange porte de château. Y pénétrant pour se cacher, il est accueilli par le sire de Maletroit, lui disant qu’il l’attendait…


L’édition d’Elephant Films

Technique : ★★★☆☆
Interactivité : ★★☆☆☆

Technique
La copie proposée ici par Elephant films n’est pas dénuée de défauts mais reste assez soignée. D’une définition relativement correcte, l’image souffre tout de même d’un manque de détails et de contrastes parfois approximatifs. Elle porte par ailleurs les traces du nettoyage numérique. Pour autant, le rendu visuel général reste de bonne tenue, et le visionnage ne souffrira pas de ces quelques défauts, à moins d’être d’une maniaquerie extrême.
Le rendu sonore est d’une manière générale très dynamique, on n’aura aucun souci face aux dialogues, bien portés vers l’avant, même si, poussé à un volume plus puissant, un souffle se fait entendre sur la bande son.

Interactivité
En dehors des bandes-annonces de l’éditeur et d’une courte galerie photo, cette édition dispose d’un module donnant la parole à Eddy Moine, qui recontextualise le film, et dresse un portrait succinct mais efficace des principaux comédiens et du réalisateur. Intéressant mais assez monotone.



Catégories :Be Kind rewind, Bon, En Vidéo, Films

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3 réponses

  1. Ahhh Laughton ! Génial !!!
    C’est rigolo, j’ai vu Laughton et Karloff récemment dans l’amusant La maison de la mort (The old dark house) qui ressort prochainement en version restaurée au cinéma

    Aimé par 1 personne

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