[Be Kind Rewind] DAYLIGHT de Rob Cohen (1996)

Au bout du tunnel

Fleuron du film catastrophe, Daylight constitue l’un des meilleurs films du bourrin Rob Cohen, autant que l’un des multiples moments charnières de la filmographie de Sylvester Stallone. La carrière de Sly est comparable à d’incessantes montagnes russes. L’interprète de Rocky Balboa n’a cessé d’alterner les périodes de grand succès (Rocky, Rambo, Demolition Man…) et des gadins mémorables (Arrête ou ma mère va tirer, Assassins, Get Carter…). Exemple dans les années 90, où, enchaînant les bides, il s’impose une remise en question de ses choix cinématographiques. Heureusement, Cliffhanger : Traque au sommet en 1993 le renvoie tout en haut des cimes du box-office. Il enquille alors Demolition Man et L’Expert qui fonctionnent du feu de Dieu, mais re-patatras ensuite avec Judge Dredd et Assassins… Il décide donc de reprendre le schéma de Cliffhanger et, s’associant au réalisateur Rob Cohen, se lance dans le projet Daylight qui sort en 1996. Outre le remettre en selle, le film est également destiné à exorciser sa claustrophobie et pour cela, Cohen et Stallone (ainsi que le scénariste Leslie Bohem, auteur de Freddy 5 et Le Pic de Dante) mixent le film catastrophe, le drame et l’action. Le film raconte le calvaire d’une poignée de personnages coincés dans un tunnel dont les issues se sont écroulées suite à l’explosion de produits chimiques. Le groupe tente de survivre et de regagner l’air libre dans le sillage d’un Stallone interprétant Kit Latura, ancien chef des services médicaux devenu chauffeur de taxi. Dans Daylight, Sly planque ses biceps et campe un personnage plus humain, présentant des failles, plombé par les doutes. Le comédien a déjà fait le nécessaire pour prouver qu’il n’était pas un acteur au rabais réduit à la saillance de ses biscottos. Rappelons si besoin était ses prestations en début de carrière et notamment ses rôles les plus emblématiques (Rocky et Rambo). Ici, ce n’est donc pas anormal de le voir souhaiter tourner des films moins orientés “action” et surtout, prendre ses distances avec ses personnages de surhomme. C’est ce qui infuse Daylight et lui confère un semblant de chair. Evidemment, Stallone a droit à ses scènes acrobatiques pendu dans le vide à tenter de faire exploser un mur, mais on retient surtout la fragilité du personnage, l’émotion qu’il suscite, prisonnier d’une tragique erreur ayant coûté la vie de plusieurs personnes par le passé et qui tente de se racheter en délivrant le groupe du piège dans lequel il est enfermé.

Une lueur dans la nuit…

Comme dans tout bon film catastrophe qui se respecte, les différents personnages qui composent ce microcosme sont esquissés en quelques traits de caractère dès l’entame du métrage, histoire de leur donner la fonction et la caractérisation nécessaires aux interactions et au bon déroulement de l’intrigue. On y croise avec joie Amy Brenneman (The Leftovers) qui campe ici une jeune femme au bout du rouleau, ainsi que Viggo Mortensen, pas encore Aragornisé, qui joue de sa belle gueule… Daylight ne fait pas dans l’originalité, à une époque où Volcano et Le Pic de Dante squattaient les écrans. Mais il a pour lui de le faire avec efficacité. A tous les niveaux. Rob Cohen, cinéaste prometteur à ses débuts (Dragon, l’histoire de Bruce Lee), aujourd’hui reconnu pour sa propension au cinéma vulgaire et décérébré (XXX, Fast and Furious), montrait à cette occasion un savoir-faire évident, avec des scènes d’action spectaculaires et efficaces, appréhendées et chorégraphiées souvent en plan large, pour davantage de lisibilité. On retiendra notamment cette longue séquence dans laquelle Sly traverse des ventilos géants, ce camion citerne qui fond sur le héros, la découverte de la chapelle immergée ou encore le spectaculaire final dans lequel l’héroïsme et la virilité du personnage en prennent un coup. Dans le registre du film catastrophe, Daylight assure plutôt bien. Le film de Rob Cohen n’est pas très finaud (une lapalissade…), et on conseillera aux amateurs de se tourner vers le très cool et coréen Tunnel réalisé par Kim Seong-hun pour voir une variation plus aboutie, mais force est de reconnaître que 25 ans après, Daylight tient encore la route et vieillit plutôt bien, notamment grâce à ses effets visuels spectaculaires et convaincants. Et puis, il est porté par un Stallone investi, qui se donne corps et âme dans un rôle qui lui permet d’exprimer des facettes sur lesquelles capitalisera ensuite James Mangold pour Cop Land.

Note : 3 sur 5.

DAYLIGHT. De Rob Cohen (USA – 1996).
Genre : Drame/Action. Scénario : Leslie Bohem. Interprétation : Sylvester Stallone, Amy Brenneman, Stan Shaw, Jay O. Sanders, Danielle Harris, Viggo Mortensen… Musique : Randy Edelman. Durée : 114 minutes. Disponible en Blu-ray chez ESC Distribution (9 juin 2021).


L’édition Blu-ray d’ESC

TECHNIQUE. ESC nous livre là une copie vraiment superbe, qui contraste largement en sa faveur avec l’édition HD sortie en 2011 chez Universal. L’image est d’une propreté admirable, nettoyée de toutes ses imperfections et s’impose à nos yeux ébahis avec une précision et d’une définition chirurgicales, offrant des perspectives de profondeur de champ inouïes. Le grain cinéma y est bien présent, la colorimétrie de très bon niveau. Quelques plans à la luminosité moindre pêchent un peu, mais cette édition rend hommage comme il se doit au film.
La bande-son est également au rendez-vous du spectaculaire, puisque les pistes en DTS-HD master audio 5.1 envoient du lourd lors des scènes d’action où les effets bénéficient d’une chouette répartition, enveloppante et immersive au possible. Les dialogues profitent eux aussi d’une clarté et d’une dynamique remarquables.

Note : 4 sur 5.

INTERACTIVITE. L’éditeur nous fait profiter du commentaire audio du réalisateur, sous-titré en français s’il vous plaît ! On passera rapidement sur le court module donnant la parole à la journaliste Hélène Merrick (ex-Starfix), sympathique mais léger. Plus notable, l’entretien avec David Da Silva, auteur de l’ouvrage « Sylvester Stallone, héros de la classe ouvrière » qui apporte un éclairage intéressant et très pertinent sur la carrière de la star. Cette section bonus générée par ESC est complétée d’une interactivité cachée dans le menu titre et donnant accès à un making-of et une featurette d’époque, en qualité VHS, ainsi que le clip du tube qui accompagne le film.

Note : 3.5 sur 5.

Par Nicolas Mouchel

Journaliste et créateur d'Obsession B.
Passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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