[Critique] MASSACRE A LA TRONCONNEUSE de David Blue Garcia

Pour un Massacre de plus...

Comme un signe des temps et de la considération apportée à la franchise, c’est sur Netflix que débarque cette nouvelle itération de la saga Massacre à la Tronçonneuse. Réalisé par David Blue Garcia (l’inédit Tejano en 2018) et coscénarisé par Fede Alvarez (Don’t Breathe), ce neuvième opus de la franchise serait-il un nouveau clou dans le cercueil d’une saga franchement dégénérée, marquée par une série d’épisodes à la qualité très inégale et douteuse, et dont la légitimité est sans cesse remise en question, malgré une fascination incontestable procurée par sa mythologie. De toute évidence, cette version 2022 ne viendra pas mettre tout le monde d’accord sur ses qualités intrinsèques et surtout sur la pertinence de sa mise en chantier. Inégal, crétin, feignant, mais parcouru de fulgurances visuelles et d’une violence graphique plutôt réjouissante, Massacre à la Tronçonneuse de David Blue Garcia peut provoquer un rejet légitime tout comme il peut remplir d’extase. Nous voilà bien avancés…
Au rayon des choses qui fâchent, la première évidence à la vision du film est l’agacement provoqué par son schéma narratif qui ne va pas chercher très loin ses liens avec la mythologie d’origine créée par Tobe Hooper et Kim Henkel. Il y a du Halloween de David Gordon Green dans cette façon de transformer la « final girl » d’hier (Laurie Strode du côté de Michael Myers, Sally Hardesty face à Leatherface), en guerrière traumatisée qui patiente armes au poing que l’iconique némésis revienne afin de le dessouder une fois pour toute (vraiment ?). Mais ce qui fonctionnait à peu près chez Gordon Green, avec un personnage qui a évolué au fil de la saga Halloween, est mort dans l’œuf ici, puisque Sally, hormis une rapide apparition dans l’horrible épisode 4, n’a pas d’existence et d’évolution propre dans la franchise Massacre… Et sa caractérisation dans se neuvième opus est d’ailleurs proche du néant, pour une influence extrêmement modérée (le passage de témoin à la nouvelle génération). En parlant d’écriture, ce n’est pas la qualité principale de ce Massacre… 2022, qui fait preuve d’un manque de rigueur évident, abusant de facilités scénaristiques et d’un empilement de poncifs qui dépassent le cadre de l’hommage à un genre. Les personnages ne sont rien de plus que des caricatures têtes à claques à peine esquissés, dont la trajectoire et l’identification affichent un zéro pointé. Pour la plupart. Les deux seuls protagonistes sortant du lot, la jeune Lila et sa sœur Melody, bénéficient d’un semblant de début de caractérisation autour d’un épisode traumatique lié à un massacre dans un lycée (approche qui évoque le trauma de l’héroïne du remake d’Evil Dead signé Fede Lavarez), qui s’avère au final une piste laissée en jachère. Quand bien même le duo de sœurs s’extirpe sans grande difficulté d’une galerie de personnage à l’intérêt proche de zéro. L’incarnation d’Elsie Fisher et Sarah Yarkin y est aussi pour beaucoup. Les deux jeunes femmes sont aussi crédibles dans leur interprétation dramatique que dans leur statut d’action girls. D’ailleurs, malgré ses errances d’écriture, ce Massacre… 2022 rejoint pourtant l’essence de ce que représentait le film de Tobe Hooper en 1974 : la difficile et cruelle confrontation entre une population rurale du fin fond du Texas, arriérée et consanguine et des intrus citadins issus du mouvement hippie, dont la désinvolture est élevée au rang de religion. Ici, c’est l’intrusion des nouveaux « bobos » des villes, jeunes entrepreneurs « hipsters » désirant coloniser les lieux les plus dépeuplés et laissés à l’abandon, dans un phénomène de gentrification à grande échelle.

De la bidoche… mais sans gras superflu

Pourtant, difficile de rejeter en bloc un film qui, mine de rien, respecte son matériau d’origine et se révèle surtout capable de donner à voir quelques images aussi tétanisantes qu’esthétiquement abouties. Rarement le personnage de Leatherface aura été iconisé avec autant de force et de puissance évocatrice. David Blue Garcia signe un film aux débordements gores totalement assumés, où les cassage de poignet, écrasement de boîte crânienne à la masse, égorgements, embrochage, découpages à la tronçonneuse et autres joyeusetés bien crados sont filmés plein pot avec beaucoup de générosité visuelle et des effets spéciaux physiques totalement convaincants. Avec en point d’orgue une scène de massacre d’influenceurs dans un bus, moment qui navigue entre atrocité et dérapage comique, où les curseurs sont poussés à fond, dans une frénésie de gore aux frontières du cartoon et un discours dénonçant sans grande subtilité les habitudes des Youtubeurs/influenceurs scotchés à leur téléphone portable. Une scène démonstrative qui en dit long également sur l’émancipation du film du chef d’œuvre intemporel et indépassable de Tobe Hooper qui, rappelons le, ne montrait rien et recourait essentiellement au hors-champ et aux possibilités infinies de l’imagination pour horrifier et dégoûter. Le malaise dépeint dans le Massacre… original était le résultat de la conjonction d’une série de choix stylistiques et d’ambiance, une atmosphère putride donnant clairement la nausée. Ici, jamais Massacre… n’a paru aussi léché dans sa photographie, ses couleurs, sa mise en scène. Un parti-pris qui pourra naturellement déplaire et agacer, mais qui, de fait, assume sa propre personnalité. L’iconisation de Leatherface n’a jamais été aussi puissante, et David Blue Garcia, loin de trahir le matériau d’origine (on sent un amour et un profond respect du personnage), se l’approprie et en réalise une copie propre, peut-être un peu trop. Mais on ne peut pas lui enlever sa volonté de proposer un film sans gras superflu (80 minutes et c’est bâché), qui fait mal, tel un uppercut, délesté de toutes considérations hautaines sur son sujet et ses spectateurs (oui Scream 2022, on parle bien de toi). Evidemment, Pas aussi raté que Massacre à la Tronçonneuse 3D, mais plutôt emprunt d’une sincérité proche du Leatherface malade de Bustillo et Maury, cette production Fede Alvarez ne vient pas chatouiller l’aura de l’épisode matriciel, mais sa plus grande réussite est peut-être à aller chercher dans le plaisir et la jouissance immédiate qu’il procure.

Note : 3 sur 5.

MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. De David Blue Garcia (USA – 2022).
Genre : Survival/Slasher. Scénario : Chris Thomas Devlin, d’après une histoire de Fede Álvarez et Rodo Sayagues. Interprétation : Sarah Yarkin, Elsie Fisher, Mark Burnham, Olwen Fouéré, Alice Krige, Jacob Latimore, Jessica Allain… Musique : Colin Stetson. Durée : 83 minutes. Disponible sur Netflix (18 février 2022).

L’histoire : Melody, sa sœur adolescente Lila et leurs amis Dante et Ruth se rendent dans la petite ville de Harlow, au Texas, pour lancer une nouvelle entreprise. Mais leur rêve se transforme bientôt en cauchemar éveillé lorsqu’ils pénètrent sans le vouloir dans le monde de Leatherface, le dangereux tueur en série dont l’héritage sanglant continue de hanter les habitants de la région. Parmi eux, Sally Hardesty, unique survivante du tristement célèbre massacre de 1973, et bien décidée à se venger.

Par Nicolas Mouchel

Journaliste et créateur d'Obsession B.
Passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

1 Comment on [Critique] MASSACRE A LA TRONCONNEUSE de David Blue Garcia

  1. D’accord avec tout… c’est très con mais me suis bien amusé…

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Double Focale

Un site pour donner une perspective nouvelle sur le cinéma et les séries

Three Mothers Films

Cinéma de genre & autres joyeusetés du genre

CritiKs MoviZ

Critiques de films ...

LA FOUTOIROTHÈQUE

Collection cinéphagique en forme de boxon

Sweet Judas

Le blog qu'on sait pas trop de quoi il parle, mais qu'il est vachement beau.

A Sad Picture Of A Red Sky

Un blog où je vous parlerais de mes passions, le cinéma, la musique, les romans, les comics/BD, les séries TV et qui sait, un jour peut-être je vous parlerais de l’Univers A Sad Picture Of A Red Sky et de mes romans ;) En attendant bonne lecture, bon visionnage et bonne écoute ! D.A.G. //// A blog about movies, music, novels, comics, TV-shows and maybe one day I will talk to you about A Sad Picture Of A Red Sky Universe. Meanwhile, have a good reading, viewing and listening ;) D.A.G.

Le blog de la revue de cinéma Versus

Films de genre & grands classiques

Mauvais Genre

par amour pour le cinéma de genre

%d blogueurs aiment cette page :