Dans la lignée des films d’horreur actuels mettant en scène des instruments de mort aussi incongrus que La Main, des malédictions à la Smile et sa suite ou It Follows, des défis aussi idiots que Action ou Vérité, quand ce n’est pas tout simplement la grande faucheuse qui intervient directement dans la série Destination finale, voici le petit dernier : Le Sifflet.
Voilà un énième film de genre dont l’argument de base ne prêtait pas, à première vue, à provoquer le moindre enthousiasme, si ce n’est, au maximum, une éventuelle bonne surprise dans l’exécution du projet. L’argument du film tente cependant une légère pirouette scénaristique avec la nature même de l’objet maléfique mis en avant. Le sifflet en question ici n’a rien à voir avec un simple objet d’avertissement utilisé par un arbitre sportif, ce qui aurait été un poil ridicule, puisqu’il s’agit d’une relique aztèque maudite, qui provoque la mort de celles et ceux qui ont le malheur d’entendre le son qu’il produit. Sa particularité ? Chaque victime décède dans les conditions et circonstances programmées de sa mort future. Mais de manière anticipée. Pas de quoi sauter au plafond ni se démarquer réellement du tout venant des productions horrifiques modernes, composées en grande partie du catalogue Blumhouse, qui s’assurent d’un concept fort pour attirer le chaland. La qualité est rarement au rendez-vous. Et Le Sifflet ne relève pas réellement le niveau. Le film est réalisé par Corin Hardy, faiseur du cinéma d’épouvante au maigre CV affichant un passable Le Sanctuaire en 2015 et surtout La Nonne en 2018, médiocre opus dérivé de la saga Conjuring. Ses faits d’armes l’ont amené de manière plus convaincante à réaliser quelques épisodes de la série Gangs of London, qui démontrent une certaine maîtrise tout de même dans l’action. Cela se ressent dans Le Sifflet, qui propose une mise en images nerveuse, pas avare en plans et mouvements de caméras signifiants, apportant un certain cachet au film, lui permettant surtout d’être relativement distrayant, et l’élevant quelques coudées au-dessus du tout venant de la production horrifique.

Dans l’ombre d’It Follows
Si on doit trouver une qualité principale au Sifflet, ce serait son enthousiasme relativement communicatif à figurer avec une bonne dose de générosité les multiples mises à morts engendrées par le sifflet maléfique. Chaque exécution s’avère très spectaculaire et n’y va pas avec le dos de la cuillère sur le plan de la violence graphique et du gore bien dégueulbif. Le film ne fait pas l’impasse sur des hectolitres d’hémoglobine déversés. Mais un sang numérique bien peu convaincant au demeurant. Un personnage est rattrapé par la mort dans sa chambre d’adolescent et subit les conséquences d’un futur accident de la circulation devant ses parents incrédules, quand un autre est littéralement passé dans une broyeuse virtuelle ou qu’un troisième périt par le feu. Ces exécutions par anticipation assurent l’essentiel du sel de l’intrigue, autour d’un petit groupe de lycéens, décimés progressivement, et cherchant donc à enrayer la malédiction. Mais c’est bien au niveau de l’histoire que le bât blesse. Aucune originalité à signaler côté scénario, qui enfile les poncifs et les références à d’autres films du même genre de manière métronomique. Pire, les personnages sont inconsistants au possible et caricaturaux à se pendre. L’héroïne a un trauma déjà vu mille fois, et se met en couple avec une de ses nouvelles amies, à grand renfort de clichés interdits aujourd’hui, même si l’engagement de Dafne Keen (qui avait marqué les esprits dans Logan de James Mangold) et Sophie Nélisse (Yellowjackets) est à souligner, tandis que Nick Frost cachetonne comme un cochon. De même, l’enquête s’avère peu inspirée et sans grande surprise, avec de très grosses ficelles et des personnages secondaires servant uniquement de vecteurs d’explication. C’est d’une paresse assez remarquable en termes d’écriture et malheureusement bardé d’un rendu numérique/CGI aussi peu crédible et déshumanisant que possible. Le Sifflet n’est qu’un dérivé lambda de tous les films précités, formaté as fuck, qui ne repose que sur ses scènes chocs, qui ne cherche même pas à faire un semblant d’effort, sans aucune volonté de s’extraire du tout venant. Le Sifflet se rêverait en It Follows de 2025, il n’en est que l’ombre, sans saveur, ni aucune originalité.

LE SIFFLET (Whistle). De Corin Hardy (Canada/Irlande – 2025).
Genre : Fantastique, horreur. Scénario : Owen Egerton. Photographie : Björn Charpentier. Interprétation : Dafne Keen, Nick Frost, Sophie Nélisse, Percy Hynes White, Sky Yang… Musique : Doomphonic. Durée : 100 minutes.
Distribué par Metropolitan FilmExport (17 juillet 2026).
Le Blu-ray de Metropolitan
Avec ses univers visuels très contrastés, le film rend une copie très convaincante au sein de ce transfert HD qui ne lésine pas sur le niveau de détails, et ses contrastes bien gérés, notamment lors des nombreuses scènes nocturnes. Les couleurs sont assez peu éclatantes, mais il s’agit très certainement d’une intention du réalisateur et de son directeur de la photographie, Björn Charpentier. Reste un rendu général de l’image très numérique qui pourra rebuter. DTS-HD Master Audio 5.1 au programme autant pour la version anglaise que pour la piste française. Le film est riche en jump-scares, et les effets sonores ne sont pas en reste, avec une dynamique particulièrement haute pour faire sauter le spectateur, avec des basses poussées. D’une manière générale, l’ambiance sonore est impliquante comme il faut et les dialogues sont claires et précis.
Le film s’accompagne d’une bande-annonce, un teaser et surtout d’un making-of d’une trentaine de minutes, réunissant le réalisateur, le scénariste Owen Egerton et les acteurs. Agrémenté de nombreuses images de tournage, ce module ne révolutionne rien dans le genre, mais a le mérite de prendre le temps de décortiquer les différents aspects du tournage, avec pas mal d’instantanés sur le plateau. Évidemment, toute l’équipe est enchantée de l’expérience et pense avoir participé à un film efficace et de premier plan. Tant mieux pour eux.

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