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TOP/FLOP de l’année 2016 (5/5)

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L’Amérique, l’écorchée vive, m’intéresse beaucoup, celle qui se remet en cause, qui s’autocritique, qui se ressaisie puis se perd… Ce n’est pas très éclectique et l’année 2016 ne m’a pas inspiré davantage que 2015. Pourtant, ici, nous parlerons de la foi, de science-fiction, de l’enfance, de thriller, de rédemption, d’un léger soupçon de fantastique, de mannequins… et un peu de physique quantique !

Mes TOP 2016 par Simon Blanchemain

  • PREMIER CONTACT de Denis Villeneuve

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PREMIER CONTACT de Denis VilleneuveLe TOP de la confirmation et de la singularité. Denis Villeneuve est LE réalisateur contemporain qui a le vent en poupe depuis au moins 8 ans et il s’installe solidement sur la scène internationale. Il est la force tranquille du cinéma nord-américain. Sans être un fan inconditionnel des Prisoners et Sicario par exemple et sans parler de talent, ce qui serait anecdotique à ce stade de la carrière du réalisateur québécois, il livre pour chacun de ses films une âme singulière presque trop personnelle pour y apporter un jugement positif ou négatif. Rien que l’image, un simple plan avec une lumière reflétant sur le mur opaque le visage d’une actrice ou celui de son homologue masculin en gros plan , qu’il va aider à se transcender avec pudeur, suffit pour comprendre la personnalité du metteur en scène. Karine Vanasse dans Polytechnique incarne, ou plutôt est incarnée, grâce à Villeneuve par la féminitude dans le but d’embraser l’acerbe misogynie d’un fruste étudiant recalé. Hugh Jackman dans Prisoners, ultra populaire et adoubé dans son statut de star et d’acteur pouvant tout interpréter sans casser le mythe consensuel qu’il est devenu, sera lui aussi dépouillé de tout artifice pour incarner un père de famille brut de décoffrage en proie à une blessure plus épouvantable qu’une paire de griffes déchirant sa chair. A l’aise dans le thriller, le drame, le fantastique, Denis Villeneuve débarque avec Arrival (Premier contact), un ovni filmique intime, pas trop fantastique, sobre et sans verser littéralement dans la physique quantique, une oeuvre de science-fiction pure. Voir débarquer ces gigantesques vaisseaux venus d’ailleurs (?), cela rappelle le « caillou » du roman s-f Eon de Greg Bear, comme des précieux symboles rassemblant toutes les civilisations d’un monde qui déchante. Villeneuve décrit le paradoxe de la communication entre chefs d’états incapables de résoudre leurs conflits internes et experts du langage des quatre coins du globe pour créer une langue universelle extraterrestre. Amy Adams va devenir l’hôte privilégié d’une communauté d’heptapodes venus certes d’ailleurs, mais venus pour extraire le genre humain de sa condition, lui permettre de s’observer tel qu’il est, qu’il sera et qu’il a été. De ce tout et dans un cadre dont la profondeur de champs est parfois écrasée et floue, Louise Banks observe sa propre vie et le dessin de son drame familiale, sans ordre établi et elle se positionne naturellement en symbole d’une rédemption planétaire. Villeneuve exhorte son oeuvre la plus personnelle et touchante à ce jour, ses partis-pris déroutants sur la géo-politique ou la manière succincte pour transposer ce propos en particulier n’entachent pas la sensibilité et la pertinence de son sujet. Rien qu’avec ce plan d’ensemble, dans lequel l’un des douze « œufs » venus du fin fond de l’espace est déposé tel un couffin sur le pas de porte de chaque être humain, dans le but d’imposer à celui-ci un choix inéluctable avec une certaine retenue mais sans complaisance… Il confirme avec ce huitième film toute l’attention qu’il voue à ses comédiens sans se contenter de leurs talents, qu’il est un metteur en scène délicat et sincère et cela lui confère, toute proportion gardée, une ressemblance avec un certain David Lynch. Une référence plutôt « pô mal ». Il ne s’agit pas d’un simple premier contact entre humains et aliens, Denis Villeneuve a créé son propre langage et communique avec nous.

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  • MIDNIGHT SPECIAL de Jeff Nichols

MIDNIGHT SPECIAL de Jeff Nichols

MIDNIGHT SPECIAL de Jeff NicholsLe TOP de l’indépendant. Après Take Shelter et la (re)mise en cause de la foi incarnée par un Michael Shannon sculptural et puissant, laissant le choix au spectateur de prendre le parti de croire ou de ne pas croire, Jeff Nichols revient avec Midnight special, une tragédie humaine à l’échelle cosmique. Là encore, un enfant, symbole éternel de l’insouciance et de la sagesse, porte le fardeau d’une société américaine en prise avec les croyances d’une communauté sectaire et l’acharnement du pouvoir de la police fédérale. Pour le spectateur, c’est une incursion dans la culture d’un pays au culte religieux inébranlable, il n’aura pas la moindre possibilité de choisir et va devenir un témoin captif. Jeff Nichols s’amuse à neutraliser toutes les portes de sorties, aucune autre issue n’est autorisée et c’est une véritable persécution que va subir sans retenu Alton, un enfant à l’apparence banale mais qui en réalité conserve en lui une puissante énergie qui ne demande qu’à émerger de son regard aveuglant pour montrer au monde ses failles et ses excès. Dès le premier plan, Nichols ne s’embarrasse pas à structurer son film, ne propose pas un long débat idéologique et l’action débute en pleine chasse à l’homme, dans un moment d’accalmie, pas d’indices, la clé de l’intrigue est délibérément transmise aux spectateurs et aux protagonistes, l’enfant doit accomplir son destin avec son père, joué par un Michael Shannon déjà rompu à cet exercice de protecteur et aidé par l’ami d’enfance de celui-ci qui, malgré sa perplexité, sait qu’il est du bon côté (à noter qu’il est policier d’état au quotidien). S’en suit un road-movie classique et haletant avec la déjà séquence culte de la chute d’un satellite sur une station service. De nouveaux personnages vont parfaire l’intrigue, le détective de la NSA Paul Sevier, campé par Adam Driver, qui finira par être le dernier rempart et allié d’Alton. Enfin, Kirsten Dunst en mère de famille sensible qui portera un autre fardeau, une responsabilité difficile mais évidente, celle d’assister au plus émouvant des ravissements, celui de son fils, dans un halo explosif de lumière. Elle reprend le flambeau à un père arrivé en bout de course après une diversion fugace. Mission accomplie. Jeff Nichols est un artisan qui, après avoir pris sous son aile une poignée de comédiens qui ne jurent que par des choix professionnels intelligents, hors des sentiers battus, déploie ses services auprès des studios pour plus de contemplation, à l’image de la carrière de Steven Spielberg, là encore une référence plutôt « pô mal » !


 

  • DON’T BREATHE de Fede Alvarez

DON'T BREATHE de Fede Alvarez

DON'T BREATHE de Fede AlvarezDu FLOP au TOP ! Après Evil Dead, son premier film et remake techniquement réussi (grâce à une jolie bourse gracieusement offerte par la société de production de Sam Raimi, Ghost House Pictures) mais fondamentalement inutile, le réalisateur uruguayen Fede Alvarez revient avec Don’t Breathe, un thriller « indoor » toujours aussi efficace visuellement et cette fois réussi sur le plan des sensations et de la mise en scène. Toutefois, Alvarez confirme aussi les défauts inhérents qui lui sont propres. Et là, ça démarre plutôt mal : présentation du film présomptueuse avec une affiche et un sous-titre bien trop accrocheurs pour un métrage qui tombe à pic rapidement, à tel point que Don’t Breathe aurait pu s’achever au bout de 25 minutes ! Je m’explique…. Nous avons ici, à Détroit, trois jeunes cambrioleurs paumés et expérimentés, cherchant le plan parfait pour se sortir d’une vie galère et violente et d’une ville en ruine. Justement, leur commanditaire leur propose de braquer une modeste maison dans un quartier vidé de ses habitants. La maison, elle, n’est pas vide puisqu’elle abrite dans son antre un butin et son propriétaire, un ancien soldat aveugle. Sur fond de critique sociale, le thriller horrifique tel qu’annoncé promet, sur quelques minutes d’une présentation classique mais ambitieuse et réussie, une bonne séance de frousse ! Donc, avant de passer à l’action, les trois comparses prennent le temps d’analyser la situation, de connaître l’emploi du temps d’un soldat buriné et probablement affecté par la guerre et de son chien qui n’a pas la douceur d’un labrador. Avant d’entamer la deuxième partie du film, la plus longue et à priori jouissive, il faut déjà prendre connaissance de chaque élément scénaristique déjà connu : 3 jeunes aux idéaux différents, un caïd local se ventant d’être fin et méticuleux, une jeune mère rêveuse convaincue(cante) et courageuse et son ami, fils d’un gardien de sécurité pour propriétaires aisés. Ça parle d’un enfant décédé dans un accident de la route, d’une famille riche et d’une grosse somme d’argent. En face, un ancien soldat revenu du champ de bataille, aveugle mais soldat tout de même. Passée la grand messe ultra classique mais utile du prologue, le film tend à se déconstruire en à peine dix minutes, la faute à des erreurs de casting et des choix scénaristiques douteux. Fede Alvarez ne donne visiblement pas la priorité à la performance d’acteurs, auxquels le charisme est absent, entendez l’aura, le talent caché ou l’art de l’interprétation. Implicitement, on veut bien croire que l’alchimie entre qualité des comédiens et l’écriture de leurs personnages fonctionnera, mais les éléments distillés font tout capoter : pénétrer dans la maison en pétant un carreau, sauter à pieds joints sur un vieux parquet craquant, tenter de faire sombrer dans un profond sommeil un militaire rompu aux stages commandos et dont l’ouïe et l’odorat sont devenus des organes hautement sensibles. Après cette séquence sensée faire monter le trouillomètre, je suis… perplexe et me dis qu’Alvarez se tire une balle dans le pied et que son histoire n’est plus cohérente. Et je perds peu à peu l’envie de poursuivre, d’autant plus gênant que le metteur en scène laisse en parallèle beaucoup d’indices par le biais de faux plans-séquences astucieux. Des indices qui vont pourtant aider le film à se ressaisir, il y a ce plan où le temps se fige, celui où le personnage qu’interprète Stephen Lang se pointe, inopinément, dérangeant un larcin amateur sur le point de foirer misérablement. Là, je me dis que ça sent le remake du Sous-sol de la peur de Wes Craven (voir l’affiche officiel du film, aussi…) et cela ne m’ennuie pas par ailleurs car son approche a tout d’un coup pour rien, d’un retake comme l’est « son » Evil Dead. Avant d’aller plus loin dans la comparaison ou plutôt la référence, voir Stephen Lang reprendre le film à son compte est de bon augure. Ne cherchant pas à casser les codes du genre, Alvarez a trouvé son métronome et peut enfin nous faire déambuler dans la maison et nous transporter au-delà de cette porte intrigante qui semble cacher quelque chose tant désiré. Dans un montage propre et bien rythmé, il nous plonge dans un sous-sol relativement grand voir démesuré créant pour la première fois une ambiance de film d’épouvante comme lorsque Rocky (Jane Levy) se cache dans les murs de la maison, de larges cloisons, pour se protéger de la fureur du maître des lieux, à l’image de « Tout Fou » dans The people under the stairs. Sans en dévoiler le contenu, il y a là une sous-intrigue vaguement évoquée dans la première partie du film qui, sur le fond, n’a que peu d’intérêt mais permet au réalisateur de conserver la main sur sa mise en scène réelle et plaisante, de voir le personnage de Rocky prendre peu à peu le dessus, de donner à voir un thriller pas nécessairement horrifique (graphiquement), assez conventionnel mais efficace, avec une tension et une atmosphère qui amènent vers l’horreur, au final. Bref, Fede Alvarez semble avoir franchi un palier et propose un film captivant et angoissant, des émotions très importantes à ressentir pour tout spectateur qui se respecte. Dommage qu’il soit autant plombé par des errements dans une narration pourtant classique où le spectateur se perd dans la lecture de séquences riches d’informations alléchantes n’atteignant pas, in fine, leurs objectifs… Bilan mitigé pour un thriller traditionnel maîtrisé mais pas sans fausses notes.


Mon FLOP 2016 par Simon Blanchemain

  • THE NEON DEMON de Nicolas Winding Refn

THE NEON DEMON de Nicolas Winding Refn

THE NEON DEMON de Nicolas Winding RefnUn Flop aux viscères superficiels. La surprise vient du réalisateur de la trilogie Pusher. Sauf qu’elle est mauvaise, décevante. Là où le réalisateur danois avait développé une palette de textures variées, le relief froid et vertigineux de Valhalla Rising, l’image lisse de Drive, mêlant lumières flashis et multicolores aux spots tamisés, au service de ses récits construits, linéaires, justifiés et aboutis, il va se rater étrangement. Bien que l’univers, glacial et superficiel, « in and out » du mannequinat soit en cohérence avec le traitement de l’image, toujours au top ceci dit – il garde le goût du plan à la plastique irréprochable en faisant démarrer l’action après s’être délecté de chaque détail de son image – à aucun moment Refn ne va trouver le sacre avec ses héroïnes, la séquence choc, celle qui fait vaciller le protagoniste et l’intrigue vers un climax sensitif et violent, créant le contraste parfait à un moment inattendu, rappelons nous du Ryan Gosling de Drive dans l’ascenseur ou de Mads Mikkelsen lorsqu’il sort les tripes de son geôlier à mains nus. Nicolas Winding Refn fait une proposition en deux temps ; dans une séquence de poursuite entre filles, il est suggéré que la jeune Elle Fanning, aussi sensuelle soit-elle en Lolita timide, se fait dévorer tout cru par deux concurrentes. Puis la confirmation vient de la séquence finale, prévue comme étant la plus virtuose du film, qui s’avérera être, par la force pénible du film, et la je ne peux que paraphraser mon compère Lesinge, un sketch grotesque. C’est dommage pour Keanu Reeves et Desmond Harrington qui portaient très bien leurs rôles.

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