[Critique] SALE TEMPS A L’HÔTEL EL ROYALE de Drew Goddard

Scénariste en vue depuis ses contributions aux séries Buffy, Lost, Alias et Dardevil, Drew Goddard a également contribué aux scénarios de Cloverfield (Matt Reeves, 2008) ou Seul sur Mars (Ridley Scott, 2015) pour le grand écran. On oubliera volontairement le sinistre World War Z… Il passe ensuite par la case réalisation avec le malin La Cabane dans les bois (2011), dont il est également l’auteur du scénario au côté de Joss Whedon. Parti comme un slasher lambda, le film dérivait de manière impromptue vers une approche méta et une mise en abyme du film d’horreur aux accents parodiques qui ont comblé de joie une partie du public et rebuté les autres. Drew Goddard y affine quelque peu cette logique de déconstruction du cinéma de genre ludique avec sa nouvelle réalisation, Sale Temps à l’Hôtel El Royale. On y retrouve à nouveau un groupe de personnages enfermé dans un lieu clos, un hôtel perdu entre la Californie et le Nevada (situé en fait pile sur la frontière des deux états) en 1969. Sept protagonistes mystérieux autour desquels va s’articuler la mécanique de l’intrigue. Sur ce canevas, le scénariste déploie une fois de plus son goût pour les récits éclatés qui interrogent les mécanismes du cinéma.

Faux-semblants

Découpé en parties distinctes, chacune éclairant un personnage, et donc basé sur plusieurs points de vue morcelés et une temporalité éclatée (avec flash-backs), Sale Temps à l’Hôtel El Royale s’affirme clairement comme un exercice de style évoquant très fortement le cinéma de Tarantino et des frères Coen. Le film dévoile informations et indices au compte-gouttes, emboîtant les différentes pièces de son puzzle dans un exercice éminemment ludique. Tout en cultivant un paradoxe notable : on y trouve des figures attendues du film noir, dont le film se réclame ouvertement : le braqueur, le magot dissimulé, la chanteuse, le prêtre, le flic infiltré, l’assassin… Des éléments archétypaux nourrissant une mécanique post-moderne associant des éléments aussi disparates que le voyeurisme, l’endoctrinement… Sale Temps à l’Hôtel El Royale déploie surtout une vaste entreprise de déconstruction et de faux-semblants, un jeu sur les apparences trompeuses, que ce soit par ses personnages, qui se révèlent autres que ce que leur archétype initial semblait induire, mais également son intrigue à tiroirs, avec ses retournements de situation où même encore son lieu en lui-même. L’hôtel apparaissant finalement comme un leurre, un personnage à part entière et un espace labyrinthique en deux parties se repliant sur lui-même, par la frontière entre les deux états qui le traverse et auquel on pourrait prêter une fonction de purgatoire.

Plaisir coupable

Pour malin et ludique qu’il soit, c’est une certitude, ce second film de Drew Goddard pêche également par son excès de générosité. Une durée un peu trop élevée (un bon quart d’heure en moins n’auraient pas été de refus), un abus du jeu sur les points de vue qui, aussi sympathique qu’il soit, tourne ici un peu à vide et fait plus office d’afféterie stylistique que de choix pertinent, même si on sent bien que le cinéaste s’amuse à triturer la structure de son film et à relier ses petites histoires en une seule… Porté par un casting solide, dominé par Jeff Bridges et Jon Hamm, révélant Lewis Pullman et surtout l’épatante Cynthi Erivo, Sale Temps à l’Hôtel El Royale est néanmoins bénéficie surtout du savoir-faire de son réalisateur et de son équipe technique, profitant d’une mise en scène aux mouvements de caméra et aux cadres millimétrés.
Film insolite mais un peu bavard, aux accès de violence brutal, Sale Temps à l’Hôtel El Royale théorise beaucoup, se perd quelque peu en palabres, mais propose tout de même quelques scénettes marquantes et un véritable désir/plaisir de cinéma qui finissent par emporter le morceau.


SALE TEMPS A L’HOTEL EL ROYALE
Drew Goddard (USA – 2018)

Genre Thriller – Interprétation Jeff Bridges, Cynthia Erivo, Dakota Johnson, Jon Hamm, Cailee Spaeny, Chris Hemsworth, Lewis Pullman… – Musique Michael Giacchino – Durée 142 minutes. Distribué par 20th Century Fox (page Facebook de l’éditeur) en DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 4K Ultra HD, et VOD depuis le 13 mars 2019.

L’histoire : Sept étrangers, chacun avec un secret à planquer, se retrouvent au El Royale sur les rives du lac Tahoe ; un hôtel miteux au lourd passé. Au cours d’une nuit fatidique, ils auront tous une dernière chance de se racheter… avant de prendre un aller simple pour l’enfer…


Chronique réalisée en partenariat avec Cinetrafic, qui propose le Top des films marquants et le meilleur des films décalés récents.



Catégories :Bon, En Vidéo

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