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[Be Kind Rewind] LECTURES DIABOLIQUES de Tibor Takács (1990)

Parmi les films primés du vénérable festival du film fantastique d'Avoriaz, LECTURES DIABOLIQUES de Tibor Takács, Grand Prix en 1990, figure dans la liste des plus contestés. Une mauvaise réputation qui n'a malheureusement rien d'une légende...

Primé à la surprise générale au Festival d’Avoriaz en 1990, Lectures Diaboliques de Tibor Takács n’a pas fait l’unanimité à l’époque de sa sortie. Loin de là. Trente après, le film peut-il bénéficier d’une révision à la hausse comme d’autres titres réévaluées avec le temps… ? 
Redécouvrir en Haute Définition une petite série B datant des années 80/90 est un toujours un plaisir que l’on ne se refuse pas. Un côté madeleine de Proust qui apporte de bonnes surprises ou qui, parfois, malheureusement, nous fait prendre conscience que les souvenirs devraient rester en l’état. À une époque où la conception des petites bandes horrifiques s’appuyait sur un artisanat et une conviction chevillée au corps, des films aussi modestes qu’efficaces comme Waxwork ou Le retour des Morts-vivants 3 sont de vrais plaisirs coupables bourrés de défauts, compensés par de solides qualités. Concernant Lectures Diaboliques, second long-métrage de Tibor Takács, qui s’était fait remarquer en 1987 avec The Gate, petit film fantastique sympathique à destination des ados, pas sûr que le passage du temps soit bienveillant… Bien que réalisé en 1989, Lectures Diaboliques débarque un an plus tard et se retrouve même bombardé Grand Prix au 18e Festival international du film fantastique d’Avoriaz. Une distinction qui semblait, à l’époque, incongrue, et qui apparaît aujourd’hui encore toujours aussi déplacée… Pourtant, le film de Tibor Takács ne manque pas d’intérêt sur le papier et se montre même très ambitieux dans sa volonté de faire s’entrecroiser deux réalités parallèles, la fiction d’un roman venant contaminer la réalité des personnages. Ici, un tueur sadique qui s’extrait de sa condition de personnage fictionnel pour faire irruption dans le quotidien du jeune libraire et trucider les personnes de son entourage afin de prélever des parties de leur corps. Un concept qui ne sonne plus nécessairement très original aujourd’hui, mais qui faisait son petit effet à l’époque. Mais un tel projet réclame indéniablement une bonne dose de réflexion et une sacrée pincée de talent pour retranscrire à l’écran ces allers-retours d’une réalité à l’autre. Choses que Takács, malgré toute sa bonne volonté d’artisan du bis, ne possède visiblement pas, puisqu’il n’exploite jamais réellement les possibilités de son concept initial. Sans vouloir s’acharner sur le réalisateur, force est de constater que sa carrière n’a rien de bien glorieux (The Gate 2 et des horreurs comme Mosquitoman, Méga Snake ou Spiders 3D… N’en jetez plus !)

Bloody Pulp !

Car les problèmes sont nombreux dans Lectures Diaboliques. En dehors d’une mise en scène méritante mais au demeurant assez limitée, l’interprétation générale et le casting sont d’une faiblesse infernale. La chouette Jenny Wright, qu’on a connu tout de même plus inspirée dans Near Dark de Kathryn Bigelow, apparaît ici bien insipide, tout comme le transparent Clayton Rohner jamais crédible dans le rôle du flic. Quant à la star du film, le tueur sadique en lui-même, il est campé par le responsable des effets spéciaux Randall William Cook (The Thing, The Gate, mais aussi la trilogie du Seigneur des Anneaux, rien que ça !). Problème : malgré son maquillage plutôt réussi et quelques plans iconiques le mettant idéalement en valeur, le personnage n’est ni incarné, ni dépositaire d’une aura suffisante à créer le frisson. Tibor Takács l’a affirmé : lui et son scénariste David Chaskin (le déviant La Revanche de Freddy) souhaitaient développer une touche pulp, roman noir à la Philippe Marlow à ce récit ouvertement horrifique. Une ambiance qui fonctionne plutôt bien, grâce notamment à la photographie de Bryan England. Et même si la construction du film titille très légèrement l’intérêt du spectateur en se gardant bien de ne pas trancher la question de l’assassin (est-il bien réel ? Est-il une projection mentale de la protagoniste ? Ou est-il incarné par quelqu’un de son entourage ?), les scènes finissent par se suivre et se ressembler, d’un meurtre à l’autre, sans une once de suspense ni d’angoisse, la narration épousant un rythme d’une mollesse et d’une apathie anesthésiantes. A moins d’être un indécrottable nostalgique du film ou de l’époque, difficile de trouver un quelconque plaisir devant cette série B mal fagottée qui ne parvient jamais à transposer à l’écran ses pourtant louables ambitions. Trop brouillon, doté d’effets spéciaux alternant le bon (les maquillages) et le médiocre (les incrustations foirées des créatures en stop-motion), peu habité et finalement trop peu intéressant, Lectures Diaboliques ennuie à un tel point que l’on se demande encore comment le jury du festival d’Avoriaz 1990 (avec Jerry Schatzberg, Yves Boisset et Wes Craven… quand même !!!) a pu le couronner au détriment de Simetierre, Society ou encore Miracle Mile… !

Note : 1.5 sur 5.
LECTURES DIABOLIQUES
Tibor Takács (USA – 1990)
Genre Horreur – Avec Jenny Wright, Clayton Rohner, Randall William Cook… – Musique Michael Hoenig – Durée 89 minutes. Distribué par ESC Editions (8 juillet 2020).
Synopsis : Virginia, employée dans une librairie de livres anciens, se passionne pour un vieux roman d’épouvante appelé « Much of madness, more of sin ». Elle parvient à mettre la main sur le second et dernier roman de son auteur Malcom Brand : « I, madman ». Virginia se rend compte que, au fur et à mesure qu’elle progresse dans la lecture de ce livre, des personnes de son entourages sont mystérieusement assassinées par un sadique qui semble s’inspirer du roman.

L’édition Blu-ray d’ESC EDITIONS

Technique

Note : 3.5 sur 5.

La première chose qui marque, c’est le grain très appuyé de l’image. Plutôt une bonne chose en ces temps de lissage général, et la copie du Blu-ray d’ESC Editions se charge de le restituer dans toute ses aspérités. Le film est pourvu d’une image aux effets de lumières typiques des 90’s, avec ses qualités… et son mauvais goût. Niveau luminosité et définition, on tient un résultat plutôt très convenable, sans défaut majeur, pour un film qui n’est pas avare de scènes relativement sombres, dans lesquelles les contrastes sortent grandis. 
Deux pistes proposées, mais pas de folies furieuse en terme de dynamique. La version originale tout comme son homologue française tournent en DTS HD Master Audio 2.0. Pas de quoi sauter au plafond, mais un résultat équilibré qui honore tout de même cette édition, avec des dialogues toujours clairs et bien mis en avant, tout comme la musique de Michael Hoenig.

Interactivité

Note : 3.5 sur 5.

L’inusable collaborateur d’ESC, le journaliste de Mad Movies Marc Toullec, dont on a plutôt l’habitude de lire la prose dans les livrets accompagnant les titres ESC, se fend ici d’une présentation du film face caméra. L’exercice ne semble pas être celui dans lequel il est le plus à l’aise, et si les informations révélées sur la conception du film, du scénario à l’accueil critique en passant par le tournage, sont intéressantes, ses nombreuses hésitations et le manque de naturel de la diction nous font penser qu’il faudra faire mieux la prochaine fois (mais on l’adore Marc Toullec !). En parallèle, cette édition propose une série d’entretien réunissant les forces vives du film : le réalisateur Tibor Takács, le scénariste David Chaskin, les comédiens Randall William Cook, Clayton Rohner et Stephanie Hodge. On regrettera l’absence de Jenny Wright (qu’on adore également !), mais on ne boudera pas notre plaisir devant ce qui constitue un making of comprenant des images de tournage et revenant sur l’ensemble des étapes de la conception du film. 

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