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[Critique] THE INCIDENT d’Alexandre Courtès

Présenté au festival du film fantastique de Gérardmer en début d’année, The Incident est une belle surprise. Ce premier long-métrage du clippeur français Alexandre Courtès est un huis-clos tendu et efficace de bout en bout, dont la principale qualité (rare aujourd’hui) est d’instaurer une ambiance oppressante tout au long de son récit. Les années 80. Un asile psychiatrique. Un groupe de rock dont les membres sont également cuisiniers dans l’hôpital. Et enfin, une coupure de courant et un système de sécurité hors-service. Les fous sont en liberté… L’intrigue de The Incident est simplifiée à son maximum. Epurée afin d’en extraire la tension nécessaire au bon déroulement de l’intrigue. Ce qui intéresse Alexandre Courtès, contrairement à bon nombre de ses collègues issus du clip et obsédés du tic visuel, c’est d’instiller une atmosphère, héritée des classiques des années 80. En disciple attentif et tout de même sacrément doué, le réalisateur prend soin d’appliquer à la lettre les préceptes de John Carpenter, à qui on pense énormément à la vision de The Incident.

L’héritage de Carpenter

Une référence consciente chez le cinéaste, qui, à l’image de Big John, utilise à merveille le format cinémascope. Jouant des lignes fuyantes des couloirs obscurs, du hors champ et des surcadrages à gogo au sein d’un décor lugubre à souhait, le cinéaste fait montre d’une maîtrise technique assez bluffante pour un premier long. Certaines images marquent durablement l’esprit, comme ce travelling arrière alors que le rideau de la cantine s’ouvre verticalement et que les internés pénètrent pour la première fois dans le réfectoire. Un décor que Courtès exploite à merveille, surdécoupant l’espace avec cette baie vitrée qui évoque un écran de cinéma, et qui sert de ressort à l’intrigue à plusieurs reprises. On retient également l’épilogue du film, marquante par l’irruption inattendue des fous, tels des morts-vivants. Et on le répète, pas ici de tics visuels clippesques du genre “regardez-ce-que-je-sais-faire-avec-ma-caméra-en-mouvement-et-mon-montage-saccadé”. Le réalisateur va volontairement à contre-courant de ce que l’on pourrait attendre de lui. La longue exposition de l’histoire, l’originalité de ses personnages en attestent. Courtès souhaite bâtir une intrigue réaliste, dans laquelle l’horreur, aux limites du fantastique, va surgir.

Folie glaçante

La représentation de la folie dans le film, au travers de ces internés qui vont se rebeller, est glaçante. C’est là une autre des réussites de The Incident, ne pas faire surjouer les acteurs incarnant les fous. Une réunion de sacrés trognes, évoquant une inquiétante étrangeté immédiate sans pour autant basculer dans le fantastique (on pense beaucoup à Assaut de Carpenter) et qui fait beaucoup dans la réussite de l’entreprise. Dès lors que la traque s’engage entre les chasseurs fous et leurs victimes, le film s’autorise quelques débordements gores bienvenus dans la logique de l’histoire. Sans tomber dans le craspec et le torture-porn, une facilité dans laquelle il était aisé de se vautrer, Courtès montre les atrocités commises par les déments, tout en conservant cette suggestion liée aux magnifiques jeux d’ombres et de lumière et au hors-champ. On pourrait également évoquer la musique mélancolique de Christophe Chassol, synthétique une fois encore à la John Carpenter, qui sert admirablement l’ensemble.

Ce qui marque à la vision du film, c’est cette cohérence dans le projet pris en main par Alexandre Courtès. Basé sur un scénario qu’il n’a pas écris, The Incident est la représentation de ce que l’homme souhaitait voir sur un écran. Une série B sèche, tendue, effrayante. Et un grand film.

The IncidentTHE INCIDENT d’Alexandre Courtès (USA – 2011)

Intéressant

Avec Rupert Evans, Dave Legeno, Anna Skellern, Richard Brake, Kenny Doughty, Eric Godon…

George, Max et Ricky font partie d’un groupe de rock et rêvent de gloire. Quand ils ne sont pas en concert, ils travaillent dans les cuisines d’un asile psychiatrique, des malades extrêmement dangereux. Une nuit, alors qu’une tempête fait rage, le système de sécurité tombe en panne. Les portes s’ouvrent et les occupants de l’asile s’échappent de leurs cellules. Les trois musiciens n’ont alors plus qu’un seul objectif : survivre…

(2 commentaires)

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