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[Be Kind Rewind] TROPIQUE DU CANCER de Gian Paolo Lomi et Edoardo Mulargia (1972)

TROPIQUE DU CANCER de Gian Paolo Lomi et Edoardo Mulargia

Réalisé à quatre mains par le duo Gian Paolo Lomi et Edoardo Mulargia, Tropique du Cancer est sorti en 1972, alors que la vague du giallo est à son zénith après des œuvres aussi marquantes et fondatrices que Six femmes pour l’assassin de Mario Bava (1964), L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento (1970) ou encore Journée noire pour un bélier de Luigi Bazzoni (1971). Assez peu connu aujourd’hui, le film s’inscrit pourtant dans ce que le genre a fait de plus atypique. Bien qu’il suive la traditionnelle trame policière et l’enquête autour d’un mystérieux assassin ganté, dont les meurtres sont filmés en caméra subjective, Tropique du Cancer se démarque sur plusieurs points. Tout d’abord, le cadre de l’action, Haïti et ses rues baignées d’un soleil éclatant, tranche avec les recoins sombres des vieilles villes et illustres demeures faisant jusqu’alors la marque des gialli. Ici, le suspense et l’angoisse naissent dans la moiteur suffocante et la lumière aveuglante de Port-au-Prince. Un choix posant les bases d’un parti-pris audacieux et pertinent que l’on retrouvera à l’oeuvre dix ans plus tard dans le Ténèbres de Dario Argento (1982). De toute évidence, la lumière et le cadre géographique de Tropique du Cancer lui confèrent un pedigree inhabituel et déstabilisant, que viennent renforcer l’intrigue policière de « whodunit » (qui a tué ?) elle-même liée à l’histoire traitant de la création d’une puissante drogue hallucinogène extrêmement convoitée. Un curieux mélange aux ramifications pas toujours convaincantes mais qui se laisse suivre, si l’on apprécie le genre et que l’on peut passer sur une construction un peu aléatoire des séquences et des personnages pas toujours bien définis.

tropique-du-cancer (4)TROPIQUE DU CANCER de Gian Paolo Lomi et Edoardo Mulargia

Réalisme et onirisme

Car l’essentiel reste la trame policière, son tueur ganté et les différents meurtres qui, s’ils ne sont pas des plus nombreux, restent violents et particulièrement efficaces. Gian Paolo Lomi et Edoardo Mulargia ajoutent par ailleurs à ce giallo un peu autre, des aspects et mécaniques assez surprenants dans ce genre de production. C’est le cas de ces scènes de rituels vaudou qui semblent captées sur le vif, à l’image d’un film documentaire, une démarche que l’on retrouvera notamment dans L’Antéchrist d’Alberto De Martino (1974) dans ses saisissantes scènes d’exorcisme. L’expérience d’un des deux réalisateurs à la barre, Gian Paolo Lomi, assistant réalisateur sur Les Négriers de Franco Prosperi (1971), pourrait en attester. Cette recherche de la véracité se percute néanmoins avec l’incongruité d’une séquence follement hallucinogène et débridée un peu plus loin dans le film, au sein de laquelle la sublime Anita Strindberg déambule au ralenti dans un couloir rouge vif, en proie aux « griffes » d’innombrables bras dressés face à elle. tropique-du-cancer (5)Une scène onirique justifiée par le scénario, mais jurant formellement avec le reste du film, ancré dans une certaine forme de réalisme, et qui renvoie inévitablement à la séquence d’ouverture du Venin de la peur de Lucio Fulci (1971), dans laquelle s’échappait déjà la belle Anita Strindberg, véritable star du giallo dans les années 70 (Qui l’a vue mourir d’Aldo Lado en 1972), dont l’érotisme irradie une fois encore ici. Autour d’elle, Anthony Steffen, connu pour ses westerns spaghettis comme Django le Bâtard (1969), qui lui valurent le surnom de Clint Eastwood italien, est le docteur Williams, tandis que Gabriele Tinti (Black Emanuelle d’Adalberto Albertini, 1975) est son mari.

Erotisme latent, accès de violences, réalisme et onirisme, un cocktail déroutant pour un film qui ne l’est pas moins. Malgré son relatif anonymat au sein des plus fameux gialli, Tropique du Cancer constitue néanmoins une certaine curiosité pour les amateurs.

TROPIQUE DU CANCER de Gian Paolo Lomi et Edoardo Mulargia3-5

Italie – 1972

Genre Giallo – Interprétation Anthony Steffen, Anita Strindberg, Gabriele Tinti, Umberto Raho, Stelio Candelli… – Musique Piero Umiliani – Durée 94 minutes – Disponible en Blu-ray et DVD chez Le Chat qui fume.

L’histoire : Vivant depuis de nombreuses années à Port-au-Prince, le Docteur Williams traîne une réputation de fabricant de drogue. Sa dernière création est un puissant hallucinogène permettant de plonger dans un univers érotique ouvrant sur ses désirs les plus secrets. Peacock, énorme fortune de l’île, pédophile notoire, convoite la formule, tout comme un certain Murdock, fraîchement arrivé en ville. Après avoir caché son invention, Williams voit débarquer un vieil ami, Fred Wright et son épouse, la sublime Grace. Commence alors une série de règlements de comptes de plus en plus violents, tandis que Grace, au son des tambours vaudou, découvre ses désirs enfouis.

L’édition du Chat qui fume

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Le Chat qui fume nous propose une nouvelle fois une édition incontournable tant en terme de qualité technique que de foisonnement de bonus. Au sein d’un magnifique digipack en trois volets, l’amateur disposera d’un combo Blu-ray/DVD au choix. La copie Blu-ray impressionne par son image d’une propreté à toutes épreuves. Ayant visiblement fait l’objet d’un nettoyage scrupuleux, celle-ci dispose de belles couleurs et d’un piqué appréciable. Les contrastes ne sont pas en reste, malgré des noirs manquant de profondeur dans les plans de nuit. De même, la présence de grain à l’image apporte une touche d’authenticité appréciable. Côté son, là aussi, la restauration a fait son oeuvre avec une belle dynamique sonore dans la version originale, un peu en dessous dans la version française.

L’éditeur français propose par ailleurs une série appréciable de modules en terme d’interactivité. Comme à l’accoutumée, le film est proposé dans sa version VHS, une curiosité dispensable mais qui a le mérite d’exister. La parole est ensuite donnée aux deux réalisateurs Giampaolo Lomi (Mort à Haïti – 33 mn) et Edoardo Mulargia (Voyage Hallucinatoire – 19 mn) qui, à l’image de leur participation au film, s’expriment chacun de leur côté, revenant dans les deux cas sur leur implication dans le film et prenant fait et cause pour leur propre travail.

Dans un troisième segment intitulé « Giallo Caldo », Francis Barbier tente en 26 minutes l’analyse de Tropique du Cancer. Un bel exercice qui éclaire l’oeuvre sous un jour nouveau et donne envie de le redécouvrir.

Enfin, le dernier module s’écarte du film pour évoquer le giallo de manière plus générale, Fathi Beddiar (ex-Mad Movies) y aborde ses trois œuvres préférées du genre (25 mn).

Une fois encore, une bien belle édition proposée par Le Chat qui fume.

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