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[Critique] FRANKENSTEIN de Bernard Rose

FRANKENSTEIN de Bernard Rose (CANDYMAN) est une étonnante modernisation du mythe créé par Mary Shelley, aussi modeste dans son entreprise que pertinente dans ses choix.

FRANKENSTEIN de Bernard Rose

FRANKENSTEIN de Bernard RoseDrôle de carrière que celle de Bernard Rose. Le réalisateur britannique a tutoyé les sommets avec des films fantastiques de premier plan, parmi ce qui se faisait de meilleur à la fin des années 80 et au début des années 90, à savoir les indéniables chefs-d’oeuvres Paperhouse et Candyman. Pourtant, la carrière du cinéaste prend une drôle de tournure avec les films d’époque à gros budget Ludwig Van B. en 1994 et Anna Karénine en 1997. Deux échecs commerciaux qui plombent considérablement sa carrière. Les années 2000 sont pour lui une sorte de traversée du désert artistique, jalonnées de petites bandes horrifiques fauchées (Snuff Movie en 2005 et Sx Tape en 2012) et de films pas très convaincants (Mr Nice en 2010 et Two Jacks en 2012). Bref, les espoirs placés en lui ont peu à peu fondu comme neige au soleil…

Avec Frankenstein, Bernard Rose renoue pourtant avec un style et une approche du fantastique pertinente et sociétale qui avaient fait de lui ce réalisateur si intéressant et prometteur. Sans pour autant quitter l’escarcelle du film à petit budget (pour ne pas dire fauché), le cinéaste s’attaque à l’un des mythes du fantastique, l’une des figures majeures de la littérature et du cinéma, qui a subi tous les outrages lors de ses adaptations sur petits et grands écrans. Victor Frankenstein revient cette fois-ci à l’époque actuelle, dans une ville que l’on soupçonne être Los Angeles. Avec son épouse Marie, ils mettent littéralement au monde une créature, en fait l’esprit d’un tout jeune enfant dans un corps d’adulte. La violence de sa naissance et des premiers jours, associées à la dégradation progressive de ses tissus le poussent à prendre la fuite…

Misère et solitude

Avec ce film, Bernard Rose propose une relecture assez paradoxale du mythe de Frankenstein, à la fois relativement fidèle et mais également éloignée du roman de Mary Shelley. L’intrigue revient sur les grands passages de l’oeuvre originale, réuni la plupart de ses personnages (l’enfant, l’aveugle) tout en les remettant en perspective, et se permet même de citer directement des extraits précis du livre, déclamés par la créature en voix-off. Par ailleurs, le contexte moderne et urbain éloigne à première vue le film du matériau d’origine. Mais cet écart n’est qu’apparence, le discours présent dans l’oeuvre originale parue au XVIIIe siècle trouve ici une résonance toute contemporaine d’une pertinence remarquable. Bernard Rose développe donne à voir une cité rongée par la misère et focalise son film sur la solitude éprouvées par la créature, présentée volontairement comme un simili SDF repoussé par tous (ou presque), associable et handicapée par son apparence hideuse. Une approche que le cinéaste décuple par ses parti-pris de mise en scène. Il choisit ainsi d’adopter le point de vue du monstre et de ne jamais le quitter. Débutant par de fascinants plans en caméra subjective lors de la « naissance » de la créature, il s’en écarte ensuite pour mieux le suivre et ne jamais le lâcher tout au long du film, plaçant du même coup le spectateur en témoin privilégié (?) de son incompréhension et de son apprentissage perverti de la vie et des réactions de ses congénères.

En équilibre constant

Dans le rôle d’Adam, la créature, l’étonnant Xavier Samuel, dont on se remémore la prestation masochiste dans le sadique The Loved Ones (2009), incarne avec beaucoup de conviction et de justesse ce nouveau-né artificiel. Si l’on n’est pas toujours en mesure de reconnaître l’acteur sous le maquillage, son jeu minimaliste et parfois même border-line quand il prend les mimiques d’un nouveau né, est toujours convaincant. Il apporte cette naïveté et cette crédulité inhérentes au rôle. Il surnage évidemment au sein d’un casting sans grande ampleur (le Candyman Tony Todd en joueur de blues aveugle !) dont s’extirpe seulement Carrie-Anne Moss (la trilogie Matrix), qui interprète la créatrice et « mère » d’Adam et seul personnage à présenter un cas de conscience recevable.

Doté de pics de violence brutale soudains et de saillies sanglantes extrêmement crues et réalistes, Frankenstein s’inscrit donc dans un univers mi-réaliste, mi-fantasmé, baigné tantôt de la luminosité verdâtre d’un laboratoire exigu, tantôt du soleil aveuglant de Los Angeles, refusant dans un premier temps tout excès de maquillage prosthéique pour finalement offrir une vision d’horreur frontale du corps de la créature à mesure que son corps se dégrade. Un film en équilibre constant, à la mise en image très soignée bien que semblant par instants filmé sur le vif, qui dit finalement beaucoup sur certains travers de la société actuelle et se permet même de s’achever sur une note d’émotion. A l’image de l’oeuvre dont il s’inspire finalement…

FRANKENSTEIN de Bernard Rose

(USA – 2015)bon

Genre : Drame horrifique – Acteurs : Xavier Samuel, Carrie-Anne Moss, Danny Huston, Tony Todd… – Musique : Halli Cauthery – Durée : 87 minutes – Disponible en DVD depuis le 8 mars 2016 chez Metropolitan Filmexport.

Lorsque le Monstre se réveille dans un laboratoire scientifique, il ne sait pas qui il est : c’est encore un enfant dans un corps d’adulte. Il est innocent, mais la violence qu’on lui inflige lors de tests médicaux va lui faire découvrir l’existence d’un monde étrange, sombre et cruel. Blessé et livré à lui-même, il sillonne la ville, suscitant la crainte et l’effroi chez ses habitants.

Chronique en partenariat avec Cinetrafic qui propose les meilleurs films d’horreur de 2016 (http://www.cinetrafic.fr/meilleur-film-horreur-2016) et les meilleurs films de 2016 (http://www.cinetrafic.fr/meilleur-film-2016)

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